DU CHAPITRE DE MAL1NES
dans l’impossibilité où se trouve un évêque d’instruire par lui-même toutes les ouailles de l’ample diocèse auquel il est préposé. Jésus-Christ, ayant établi les évêques pour gouverner son Église, leur donna, dans la personne des apôtres dont ils sont les successeurs, le plein pouvoir d’enseigner ce qu’il leur avait appris ï le grand apôtre saint Paul leur recommande expressément de veiller à la doctrine avec la même sollicitude qu’ils doivent avoir sur leur propre conduite : Attende tibi et doclrinæ , et de conserver, avec la plus grande attention, le dépôt sacré de la saine doctrine t O Timolhee , déposition cuslodi. Mais si l’on ôte aux évêques le pouvoir d’enseigner par eux-mêmes les sujets qu’ils destinent au saint ministère, ou de choisir et d’avoir sous leurs ordres les personnes qui le font en leur nom, on trouble les évêques dans l’accomplissement de leurs devoirs les plus indispensables, et on les oblige conséquemment à renoncer aux droits inhérents à l’épiscopat, droits aussi inaliénables et imprescriptibles que la religion et la constitution de l’Église catholique sont elles-mêmes invariables; droits à la conservation desquels les évêques se sont encore engagés par le serment le plus solennel qu’ils ont prêté lors de leur sacre et lors de la prise de possession de leurs églises.
« II. L’évêque est encore obligé très-étroitement d’avoir son plein apaisement sur les principes de doctrine, et sur la conduite de ceux auxquels il impose les mains; Marias nemini cito imposueris, et sur lesquels il se décharge ensuite en partie des soins pénibles et étendus de son diocèse, en les envoyant prêcher l’Évangile, administrer les sacrements et remplir les autres de-
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voirs du soin des âmes : mais s’il ne lui est plus libre * d’avoir sous ses yeux ceux qu’il prépare à ces saintes
fonctions, de les connaître à fond, et déjuger par luimême de leur caractère, de leur conduite, de leurs progrès et de leurs talents, il lui devient impossible de se reposer sur des sujets dont il ignore l’idonéité à remplir un ministère si redoutable et qui exige des qualités si éminentes.
«Or, cela arriverait incontestablement en empêchant les évêques de faire instruire les candidats du sacerdoce chrétien dans leurs séminaires établis sous leurs yeux, et en les obligeant à les renvoyer au séminaire général de Louvain ; et aiusi on leur ôterait le moyen le plus propre de les instruire et de les diriger, moyen employé de tout temps dans l’Église de Jésus-Christ, mais rétabli particulièrement et porté à une grande perfection par le concile de Trente, qui veut expressément que le séminaire épiscopal soit établi près de l’église cathédrale ; moyen mis ensuite en vigueur dans ces pays par les synodes provinciaux et diocésains, dont les dispositions ont toujours été protégées et maintenues par nos princes.
« Ainsi voyons-nous que l’illustre et saint restaurateur de la discipline ecclésiastique, selon les décrets du concile de Trente, le grand Charles Borromée a d’abord établi dans la ville métropolitaine de son diocèse un séminaire qui devait servir de modèle aux autres séminaires qu’il voulut qu’on établît dans les villes épiscopales de sa province ecclésiastique : et ces séminaires, conformément au concile de Trente, dépendaient entièrement de leurs évêques respectifs; et saint Charles leur recommanda bien expressément, en leur
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rappelant ce concile, de se souvenir que le soin d’administrer et de bien gouverner les séminaires leur est imposé, et qu’en conséquence ils sont tenus trèsétroitement de les surveiller avec la diligence la plus ponctuelle.
« En effet, qu’y a-t-il de plus naturel et de plus conforme à la droite raison , que l’évêque préside luimême à l’éducation de ceux qu’il engendre à Jésus- Christ d’une manière toute particulière, et qui sont ainsi par excellence ses enfants spirituels ? et s’il y aurait de l’injustice de vouloir soustraire indistinctement tous les enfants à l’éducation que leurs parents voudraient leur donner par eux-mêmes ou par d’autres, sous leurs yeux, sous prétexte de leur en procurer une plus parfaite, que dira-t-on, en voyant, sous le même prétexte, arracher du sein des évêques et confier à des mains étrangères leurs jeunes clercs, l’espoir le plus précieux de la propagation et du maintien de l’Église de Jésus- Christ dans leur diocèse pour l’avenir ?
« Outre ces raisons qui regardent plus directement le droit incontestable qu’ont les évêques de présider à l’enseignement et à l’éducation de leur clergé, nous avons les motifs les plus pressants de supplier Votre Éminence d’exposer à Sa Majesté le danger auquel la pureté de la doctrine serait exposée, si tous les élèves du clergé étaient obligés de puiser leurs principes dans une seule et unique source qu’on propose : car, sans parler du défaut de mission, qui se rencontre dans le directeur et dans les professeurs de la théologie, et de l’impuissance, ou, si l’on veut, de la difficulté presque insurmontable, dans les évêques, de veiller efficacement à la pureté et à l’orthodoxie de la doctrine, et de re-
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dresser ce qui pourrait s’y glisser de contraire, on n’écartera jamais le péril qu’on y court, de voir infecter tout le pays de l’hérésie, ou de principes pervers, si malheureusement l’erreur s’y introduisait : pour lors on verrait bientôt tout le Pays-Bas empoisonné par ce souffle contagieux, sans qu’il y eût moyen d’en arrêter le progrès ni la malignité; la pépinière entière du saint ministère étant pénétrée de ce levain destructeur, la corruption s’en répandrait bientôt dans tout le pays : la grandeur de ce danger a été exposée avec tant de clarté et d’énergie dans la célèbre représentation du conseil de Flandre contre l’édit du séminaire général, que nous croyons devoir en rappeler à Yotre Éminence le passage dans son entier, et le citer ici en note. Et qu’on ne nous dise pas qu’on a écarté ce danger, en accordant aux évêques l’inspection sur la doctrine : en supposant même qu’on leur promette sur ce point toute la liberté et tout le pouvoir qu’ils sont en droit de prétendre, que feront-ils, les évêques, dans le cas où quelque professeur enseignerait non des hérésies ouvertes, mais seulement des propositions suspectes dont on peut former les systèmes les plus absurdes et les plus pernicieux ? Les auteurs de ces er-, reurs soutiendront opiniâtrément que telle proposition, tel point, n’est pas article de foi, qu’on le peut soutenir sans danger; et ils trouveront des partisans auprès du prince, dont ils surprendront la religion : on imposera silence aux évêques, et l’erreur continuera impunément de se répandre, et, après avoir corrompu le clergé, se communiquera à toute l’Église Belgique.
« Nous ne toucherons pas ici, Monseigneur, le danger auquel serait exposée une nombreuse jeunesse rassem-