‹ Jean Henri, comte de Frankenberg, cardinal archevêque de Malines, primat de Belgique et sa lutte pour la liberté de l'église et pour les séminares épiscopaux sous l'empereur Joseph IIChapitre 76 sur 104 · AUX ÉTATS DE BRABANT · texte numérisé non relu

AUX ÉTATS DE BRABANT

traités solennels de paix , avaient garanti le maintien de ces droits jurés par l’Autriche, et implorent leur médiation auprès du monarque trompé, et terminent enfin par ces solennelles paroles : « Puisse le Ciel toucher en notre faveur les cœurs magnanimes! Puissent les grandes âmes s’ouvrir à ce dernier cri de l’existence nationale, à ce dernier soupir de la liberté ! »

Mais le bruit de ces voix alla frapper, impuissant, le cœur endurci des ministres de l’empereur, et celui de ces prêtres dégradés qu’ils avaient à leur solde. Us persistèrent encore à vouloir ériger leur institut abominable sur les corps inanimés des jeunes élèves et des citoyens eux-mémes. Au commencement de novembre, ces horreurs se reproduisirent à Louvain. Le petit nombre d’élèves, étrangers pour la plupart, qui s’y trouvaient encore voulait prendre la fuite. Le gouvernement envoya de nouveau des troupes pour les contraindre d’y rester ; il les fit même garder à vue , afin qu’ils ne pussent s’évader en secret.

Il paraît que le gouvernement ne reculait pas devant la pensée do renouveler les scènes sanglantes du mois d’août, et de surprendre encore les jeunes séminaristes pour les conduire à main armée à Louvain ; car les élèves de ces différents séminaires crurent devoir s’adresser encore une fois , le 22 novembre , aux états de Brabant, pour les conjurer de venger cette honte et cette injustice , et de les protéger contre la barbarie dont on voulait user à leur égard , au nom de l’empereur si cruellement trompé.

« Serait-il donc vrai, » disent-ils (1), « que le sanc-

(1) Rec. XII, p. 266 etsuiv.

tuaire va être changé en désert, la raced’Aaron éteinte, le germe du sacerdoce catholique étouffé dans son premier essor; que les autels seront sans ministres , les peuples sans pasteurs; et que ceux qui doivent mener aux pâturages les brebis d’Israël périront eux-mêmes sur un sable stérile et brûlant? Facti sunt principes ejus velut arietes non invenientes pascua.

« Arrachés depuis le 1 er août, par la force militaire, de la retraite sacrée où le jeune clergé se formait sous l’oeil de son chef, teints du sang de nos concitoyens que la compassion , devenue un crime d’État, a fait couler dans ce jour terrible , nous irons dans les plages diverses où le trouble et la terreur nous poussent , sans dessein ni résolution raisonnée : comme ces malheureux voyageurs, échappés dans la route à des mains rapaces, se perdent dans une forêt immense, oubliant le chemin qui doit les conduire , pour ne songer qu’au danger où ils allaient trouver la mort.

« Dans cette situation de détresse et d’angoisse, on nous montre comme le seul asile cette maison fameuse par l’horreur qu’elle inspire, cette école de subversion et de scandale, que son chef même vient d’abjurer comme un gouffre où se perdent non-seulement la foi et les mœurs des élèves , mais encore l’honneur et la réputation des directeurs.

« Dans cet état de choses , l’horreur de la nouvelle Babylone (qu’il nous soit permis de nous servir du terme usité, et qui exprime la conviction générale) va nécessairement en croissant. Ce vaste bâtiment , qui s’élève avec une pompe insultante sur le débris de la foi antique , est regardé par toute la jeunesse théologique comme le signal de mort. Si jamais elle pouvait

AOX ÉTATS.

se résoudre d’y entrer, flétrie à ses propres yeux, portant dans son cœur le sentiment de l’infidélité, dégradée au jugement de sa conscience , comment paraîtraitelle devant l’autel du Dieu vivant? Quelle lumière répandrait-elle sur le chandelier où elle doit être placée un jour pour éclairer les peuples? »

S’adressant ensuite aux États , ils s’écrient :

o O vous qu’on appelle pères (le la patrie , dépositaires des droits les plus sacrés des Belges, auriezvous oublié ce que vous avez dit avec tant de vérité et de force contre la nouveauté fatale qui fait l’objet de nos douleurs profondes? Quand, dans votre lettre écrite aux états des autres provinces, le 20 septembre 1787, vous avez jeté ce cri perçant qui a sonné dans toute l’Europe, de vouloir vivre et mourir dans la religion catholique , ne regardiez-vous pas cet étrange séminaire comme le tombeau de la croyance de vos pères ?

« Serait-il possible que vous eussiez changé d’avis sur ce grand objet? Une fatale indifférence aurait-elle glacé des âmes empreintes naguère d’un feu si vif et si pur? Parce que la violence a effacé les lois, que le fer du soldat a remplacé la verge des magistrats, que le sceptre de la justice s’est brisé contre la masse du pouvoir, que le sang des citoyens a coulé dans nos rues, que la vertu a gémi dans les prisons et l’exil, faut-il que la religion, celte grande consolatrice des hommes malheureux, soit immolée, en dernier lieu, comme une victime exquise et recherchée, et que ce sacrifice se consomme dans un silence affreux, qui rendrait la nation complice du plus horrible attentat ?

Page 1