‹ Jean Henri, comte de Frankenberg, cardinal archevêque de Malines, primat de Belgique et sa lutte pour la liberté de l'église et pour les séminares épiscopaux sous l'empereur Joseph IIChapitre 95 sur 104 · DERNIERS MOMENTS · texte numérisé non relu

DERNIERS MOMENTS

pour toujours de ses droits au duché de Brabant. Cette nouvelle remplit de douleur le malheureux empereur, qui était atteint déjà de sa dernière maladie, et accéléra sa mort, qui arriva le 20 janvier, tandis que la Belgique, dans un saint enthousiasme, complétait et célébrait le triomphe de sa liberté religieuse et politique.

Le prince de Ligne, Belge et ami intime de l’empereur, assistait à ses derniers moments ; celui-ci, déjà aux prises avec la mort, lui adressa ces touchantes paroles: « Votre patrie m’a tué. La prise de Gand (par les Brabançons) a été mon agonie; l’évacuation de Bruxelles (par les troupes autrichiennes) a été ma mort. Quel coup pour moil Je meurs... Retournez aux Pays-Bas, et ramenez-les à votre souverain; si vous no le pouvez, restez ici. Ne me sacrifiez pas vos intérêts,.... vous êtes père. »

Ce n’était pas la Belgique qui avait tué ce prince malheureux : c’étaient ses mauvais ministres; ce furent, plus encore, ces prêtres conseillers indignes qui le firent mourir en le séduisant et en l’excitant à déclarer la guerre à Dieu ; ce furent eux qui, pendant plus d’un demi-siècle, ont profané l’Église , ravagé la foi et la fidélité des populations autrichiennes, eux qui ont conduit ce trône vénérable vers le précipice d’où il n’a été sauvé de nos jours que par la main toute-puissante du Dieu des miséricordes , eux qui ont enfin déshonoré la mémoire de l’empereur, leur maître et leur victime, en se revêtant de son nom. Puissent ces prêtres joséphistes, tristes plantes qui germent sur la route impure du gallicanisme, être fauchées pour jamais par la main vigoureuse et intelligente de l’épiscopat et du souverain auguste qui gouverne l’Autriche! puissent-

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DK JOSEPH II.

elles être honteusement livrées à l’hisloire, pour qu’elle les foule sous ses pieds en passant , avec la mémoire des hérésiarques des anciens jours, leurs dignes devanciers, afin qu’elles n’empoisonuent plus désormais les pâturages où vont paître les brebis du troupeau du Seigneur! Pour les évêques surtout, c’est une dette sacrée qu’ils doivent payer à l’Étal ainsi qu’à l’Église ; et s’ils y manquaient jamais, soit par une lâche condescendance , soit par des motifs de prudence humaine, qu’ils se souviennent qu’un jour ils en seront sévèrement rendus responsables au tribunal de Dieu ; car c’est leur silence seul, pour ne pas dire leur coopération de plus d’un demi-siècle, quia laissé infester ainsi le champ de l’Église par une telle présence et par de semblables erreurs.

Léopold II, successeur de Joseph II son frère, fit de Vains efforts pour essayer de ramener les Belges à l’ancien ordre de choses. En vain il tâcha de leur persuader, par plusieurs belles et éloquentes protestations, qu’il n’avait jamais eu connaissance de toutes les violences qu’on s’était permises, sons son prédécesseur trompé, contre la religion et les usages, libertés et constitutions du pays; en vain il protesta n’y avoir jamais pris la moindre part; en vain il leur promit de rétablir tontes choses sur le pied où elles se trouvaient à la mort de la glorieuse impératrice Marie-Thérèse; les peuples irrités lui répondirent avec un dédain amer: « Les Belges n’ignorent pas, » ainsi s’exprime un de leurs manifestes nationaux (1) , » que le grand-duc (Léopold II) a eu, comme feu son frère aîné, des pré-

(i) Rec. XVI, p. 237 .

ceptears hétérodoxes, malgré tous les avis salutaires de Benoît XIV ; que le grand-duc a été le précurseur zélé de feu son frère dans toutes les injustes suppressions de couvents, et dans toutes les injustices et déprédations qui s’en sont suivies ; qu’il a également précédé son frère en suscitant au saint-siège des querelles scandaleuses ; qu’il a môme protégé plus ouvertement que lui les frauduleux sectaires qui rougissent de leur nom ; qu’il leur a ouvert son imprimerie ducale; en un mot, qu’ils ont encore plus à craindre de sa part qu’ils n’ont dû souffrir de la part de feu son frère, dont Dieu vient de délivrer l’Europe. »

Les Belges inaugurèrent la recouvrance de leur liberté par de grands et nobles actes. Les états abolirent, le 12 janvier, toute la législation ecclésiastique de Joseph II , et restituèrent à l’Église et à l’épiscopat leurs anciens droits et libertés. Le peuple encore, afin de se venger des crimes commis contre l’Église, réduisit en cendres les constructions immenses que Joseph II avait élevées avec tant de frais pour l’organisation du séminaire général (J). Les flammes dévorèrent tout; il ne resta pas pierre sur pierre de cet édifice, que les Belges considéraient comme un monument de honte ; et, en présence des états assemblés et d’un peuple immense qui chantait à Dieu des hymnes solennels en actions de grâces de sa délivrance , on érigea sur son emplacement une colonne ornée des symboles de la religion, des armes nationales, et d’inscriptions pleines d’une gravité noble et religieuse. On frappa aussi de nombreuses médailles pour éterniser cet événement.

(l) Voyez note I.

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