INVASION DE LA BELGIQUE
Les anciens professeurs de l’université de Louvain, ces pieux défenseurs de la foi, revinrent, au milieu des applaudissements universels, rouvrir, suivant l’ancien usage, cet asile illustre de la religion, des beaux-arts et des Muses. Le 1" mars, recommencèrent les cours des quatre facultés. Les divers collèges de Louvain qui avaient été supprimés, et dont les revenus avaient été affectés à l’entretien du séminaire général, rentrèrent, ainsi que les séminaires épiscopaux, dans tous leurs droits, et recommencèrent leurs cours. Les jeunes étudiants de théologie y retournèrent avec bonheur.
Le cardinal inaugura la réouverture de l’université en célébrant solennellement l’office divin, auquel assistèrent les évêques , les états, les hauts magistrats , et un peuple immense. Les louanges de ce grand prélat étaient dans toutes les bouches, tous le considéraient comme un père, le défenseur et le sauveur de leur foi. La reconnaissance et l’admiration de la multitude se manifestèrent par plusieurs hymnes touchauts en son honneur, écrits soit en latin, soit dans la langue nationale (1).
Mais bientôt de tristes jours devaient passer sur la Belgique. La France révolutionnaire aspirait à s’emparer de cette belle province. Les Belges, redoutant cette destinée, oublièrent les outrages dont ils avaient été victimes sous le gouvernement ignominieux de Joseph II, et se soumirent de nouveau à l’Autriche. Léopold II fut proclamé duc de Brabant, le 30 mai 1 791, à Bruxelles, suivant l’ancienne coutume, ainsi que son successeur François II, le 30 avril 1794. Mais la do-
(l) Voyez notes II et III.
MOKT
raination de l’Autriche fut, celte fois encore, de courte durée. Les hordes révolutionnaires et athées de la France inondèrent de nouveau la Belgique, et l’assemblée nationale la réunit à la république par un décret du 30 septembre 1793. On y abolit aussitôt le culte catholique, les biens de l’Église furent confisqués, ainsi que les couvents et le peu de pieuses fondations qui y étaient restées. En Belgique comme en France, on déclara la guerre la plus sauvage à la religion , à ses ministres, à la royauté. Frankenberg fit face à ces persécuteurs nouveaux avec le même courage qu’il avait montré naguère contre Joseph II; l’assemblée nationale le condamna, pour cette raison, à la peine de la déportation le 10 octobre 1797, ce qui fut exécuté dès le 23 du même mois. Des soldats armés arrachèrent violemment ce vieillard vénérable à son troupeau chéri, l’amenèrent à Bruxelles , et le transportèrent sur l’autre rive du Rhin. Il fixa son séjour à Emmerich, en Westphalie; mais, craignant pour sa sûreté, il se rendit delà, au mois de mars, à Borken, dans le diocèse de Münster, où le prince-évêque Maximilien, archiduc d’Autriche , lui offrit pour séjour le beau château d’Ahaus. La vengeance de ses ennemis l’y poursuivit encore; et cette fois ce ne furent plus des Français qui le persécutèrent, mais des Allemands achetés à prix d’argent par les gouvernements protestants du Nord. La Prusse surtout, qui, après la mort du prince-évêque, s’était en 1802emparée de la province de Westphalie, ne pouvait pardonner à Frankenberg son héroïque défense de l’Église catholique, et l’accusa d’avoir été l’auteur de la révolution de Belgique. Il se vit donc une fois encore obligé de chercher un autre asile, et se
DE FRANKENBERG.
rendit, au mois de septembre 1802, à Bréda, en Hollande. On l’eût encore chassé de cette retraite , si la générosité du premier consul, qui admirait autant les sublimes vertus que la grandeur d’âme de Frankenberg, n’eût protégé sa vieillesse vénérable contre ses ennemis.
Il expira doucement, et en odeur de sainteté, le H juin 1804, dans la maison et entre les bras du vicaire apostolique de Hollande. Il était alors âgé de soixante-dix-huit ans, et fut pleuré et admiré de ses contemporains, comme un inébranlable héros et un défenseur de la foi par la puissance de sa parole et la grandeur de ses œuvres.
NOTES
SF.MIN AR1I GENEBALIS BPITAPHIUM .
Error me genuit, dédit incrementa tyrannus, Surrexique potens impietatis opus.
Exilium, terror, crcbræque injuria cædis Et Gdei exitium nostra sagina fuit.
Per coacervatos crevi domus ardua luctus ; Disjunxi fratrum conjugiique fidem,
Et formam, et leges magnæ Babylonis habebam : IS'uila fuit nostro secta repuisa sinu.
Sacrilega Henrici soboles, furiosa Lutheri ,
Calvini astutum Janseniique genus ;
Et prava ex toto collecta inscitia immdo,
Et quidquid monstro pscudo sopliia parit.
Amentes, servos, vaga quos agitabat egestas, Excepi; vitiis portus et ara fui.
Ætemum vulnus gentisque novissimus iiorror, Ultrici tandem fulmine tacta cado.
Cum sonitu pereo... Vastas audite ruinas Heu ! nostro quondam nomine fréta cobors!
Relligio victrix, tantisque exercita fatis,
Spargit perjuræ saxa profana scholæ.
(Rec. XV, pag. 136.)
NOTES
UNIVERSITATIS LOVANIENSIS RESURRECTIO,
KALENDIS MARTI! MDCCXC.
Tandem Aristides, testa damnatur iniqua,
Justitiam secum pulsaque jura refert (a).
Grudia (6) paude sinum castæ, tua gloria, Musæ Ad notos redeunt, atria docta, Jares,
Musarumque sacerdotes fidique tyrones,
Clara per externas agmina sparsa plagas.
Nunc Mosa læta suos, Tamesis nunc fundit alumnos,
Quaque agit amisso nomine Rhenus aquas ;
F.vicit fictam pietas genuina parentem,
Reddita sunt matri pignora cara suæ (c).
Macte : infracta phalanx qtia nulla paratior unquam Surrexit reprobo bella movere gregi !
Quid dicam altisonos Vaticanæ taudis honores (d)?
Quid dicam Hispani regia verba senis (e) ?
Si modo pugnabas sine scuto, et vindice nullo;
Nunc reparata, potens, quanta tropbæa feres (/) ?
Degener en soboles profani,
Rubonum ad latebras, qua data porta, ruunt.
Jam non insanis strepitabunt palpita dictis,
Nec de lethifero fonte juventa bibet.
(a) Tutelligitur D. clavers, universitatis rector, ob justitiæ et religionis studium deceni exilio inulctatns.
(b) Tractus Lovaniensis incolæ veteribus dicebantur Grudii.
(c) Date huic infantem, hæc est euim mater ejus. Ht Reg. 3.
(d) Léo X et Cleinens XI universitatem Lovaniensem , cen decus et ftilcrum religionis prœclaris encomiis oruarunt.
(e) Pliilippus H eandem catliolicæ lidei munimentiim adversus hæreses vocitabat ; ei conservatum referebat Belgium catholiciim, eanique ut pupillam oculi Belgii gubcrnatoribus commendabat. «
(F) significantur jura et privilégia Brabantina universitati erepta a Careare, restituta vero et solemniter asserta ab nniversis ordinibus.
NOTES
Non jam, qui sacris cathedras circum sonet armis
Miles, et errorem qui tueatur erit
At tu Belgtadum decits, invictissime præsul (g),
Per le stent aræ, dogmata, jura, scholæ.
Ilia, ilia horriferis immanis hiatibus kydra,
Hxresis, ecce sacro sub pede fractajacetf Quod redivivæ art es Jlorent, quodpoUel honestas.
Hoc Belgæ clamant muneris esse tui.
Dum Christl fulgeblt opus, dttnt Roma maneblt,
Roma caput mundi , christladumque pharus, Calhollcos Inter populos, gentesque remotas, riENHici nomen fama secunda vehet.
Ocrait E. H., D. Wolff.
(Reo. XV, p. i53.)