SA CAMPAGJSE D'ARZILLA ET D2 TANGER
reposent les plus précieuses espérances de la nation, semble au roi quelque chose de trop téméraire. Il con* nait les intentions de- l'infant; il ne peut s'empêcher d'approuver son courage, mais il cherche en même temps à le dissuader d'un dessein qui pourrait mettre la patrie en danger. Craignant donc de céder à un accès de faiblesse paternelle, il charge un de ses' conseillers intimes, don Alvarès de Castro, de prévenir son fils que la régence du royaume appartenant à l'héritier du trône, il lui confie pendant son absence les rênes de l'Etat,
À cette nouvelle, Jean s'écrie : « De grâce, monsieur le comte, dites au roi, moji auguste père, que je tiens à mériter la couronne avant de la porter; que le hasard de la naissance ne me flatterait nullement si je n'aspi- .rais à la gloire de mes aïeux ; que pour commander aux autres le sacrifice de leur vie, il ne faut pas craindre d'exposer la sienne; qu'enfin je serais honteux de ne pas suivre l'exemple qu'il me donne lui-même en bravant le danger. »
Le messager royal a beau lui représenter l'intérêt du pays qui exige impérieusement qu'on n'expose point en même temps deux princes aux périls de la guerre, le besoin de veiller à l'ordre public, dé protéger la reine et l'infante, le prince persévère dans sa résolution. Il dit en terminant : « Je me trouve encore trop jeune pour gouverner, mais je me sens d'âge à combattre. »
Quoique contristé par la détermination de son fils, le roi reconnaît avec un noble orgueil qu'un sang généreux coule dans les veines de don Jean, et n'oppose plus de résistance.
Il fallait assurément qu'Alphonse V connût bien l'esprit guerrier deà Portugais, pour réunir en peu de temps une armée de trente mille hommes et de trois centy trente-huit voilçs prêtes à les embarquer. Le port de Restélo, où Ton voit aujourd'hui les vestiges majestueux de l'antique abbaye de Bélem, servit de point de départ ?
16 MARIAGE DU PIUKCE.
deux jours de navigation suffirent pour atteindre la rade de Lagos, dans laquelle les troupes furent passées en Tevue et instruites du but de l'expédition.
Un vent favorable contribuant à hâter la marche des vaisseaux, les hommes et les munitions arrivèrent sans encombre au pied des murs d'Arzilla, située sur les bords de l'Atlantique, à quarante-huit kilomètres de Gibraltar.
Cette ville forte, si Ton s'en rapporte aux récits arabes, fut bâtie par les Romains et reçut le nom de Julia-Zilis. Les Goths, qui embrassèrent le christianisme dès l'époque de Constantin, s'eji emparèrent ainsi que de Ceuta, et la possédèrent jusqu'à l'an 94 de l'Hégire, où elle tomba au pouvoir des musulmans. Si les chrétiens purent s'y maintenir au milieu des conquérants de l'Afrique', ce n'est que grâce à sa position exceptionnelle. Trois ans après la perte de l'Espagne, les Arabes ayant repris cette place importante, la fortifièrent, et la défendirent pendant deux siècles contre de nombreux assauts. Ensuite les Anglais s'en rendirent maîtres et la rasèrent. Rebâtie par lés califes dé Cordoûe, derniers sectateurs de Mahomet dans la péninsule ibérique, elle servit de citadelle aux Sarrasins qui, de là, inquiétaient sans cesse les villes de la côte espagnole et la garnison portugaise d'Alcacer-Kébir.
Alphonse V, soutenu de don Jean qui fit des prodiges de valeur, occupa Arzilla après trois jours de siège, le 24 août 1471. L'épée de l'infant fut tordue à force de combattre; mais, si les musulmans éprouvèrent des pertes terribles, les chrétiens eurent la douleur de compter au nombre de leurs morts Alvarès de Castro et Jean Coutinho, comte de Mariai va.
C'est en présence de la dépouille mortelle de ce dernier, dans la grande mosquée convertie en église, que le roi arma son ïils chevalier, en lui disant : « Je prie Dieu qu'il fasse de vous un homme de guerre aussi accompli que Tétait celui qui gît devant nous. »