‹ Jean II, roi de PortugalChapitre 25 sur 84 · DECOUVERTES NAVALES DES PORTUGAIS · texte numérisé non relu

DECOUVERTES NAVALES DES PORTUGAIS

tèrent l'élan des excursions lointaines. Néanmoins, de 1469 à 1471, c'est-à-dire dans l'intervalle de deux années, d'intrépides voyageurs se rendirent à la Mina, ainsi appelée à cause de ses gisements d'or, au pays de& Àchantis sur la côte de Guinée, pénétrèrent aux îles Fernando-del-Po, doublèrent le cap Sainte-Catherine et visitèrent successivement San-Thomé, Anno-Bueno, et plusieurs autres contrées dont le souvenir se perdit un moment au milieu des agitations politiques.

Jean II, comme nous l'avons dit, tenait surtout à favoriser le commerce en entretenant parmi ses sujets une noble émulation pour les grandes entreprises. A peine affranchi des luttes et conspirations auxquelles il avait coupé court par des actes d'autorité, qu'on peut regarder comme excessifs si on les envisage en eux-mêmes, ce monarque absolu prend toutefois l'avis de son conseil, et, après un long débat où il réunit la majorité des voix, il charge Diego d'Azambuja, homme courageux et expé-. rimenté, de s'embarquer pour la Mina et d'y bâtir un fort sous le vocable de saint Georges, patron des guerriers. Le roi avait une dévotion particulière à ce glorieux protecteur des gens qui exercent la profession des armes.

Diego met à la voile et arrive à destination après une traversée de trente-sept jours, sans avoir éprouvé de graves avaries de la part des vents et des tempêtes. Son premier soin est de rendre visite à Caramança, roi des Noirs, qu'il sait bien disposé en faveur des étrangers. Gomme il est dans la nature des peuples primitifs de se . laisser prendre par les sens, le capitaine portugais ne néglige rien pour donner un aspect imposant à son escorte; il fait revêtir à ses marins leurs plus beaux habits, sur lesquels brillent des armes d'un superbe éclat; et descendu à terre, il avise l'arbre le plus majestueux, pour y placer le drapeau national. Sous l'ombrage de ce géant des forêts, (sans doute un baobab) un autel est bientôt dressé, et, en présence de Caramança et de sa

a l'époque de jsan h. 35

cour, et d'une foule de nègres attirés par la curiosité, commence le chant d'une messe célébrée pour le repos de l'âme de don Henri, de savante et glorieuse mémoire. C'était la première fois que le saint sacrifice était offert sous la zone torride.

L'office terminé, l'entrevue a lieu dans une immense case faite de branchages ingénieusement entrelacés et recouverte de larges feuilles de balisier. Des palmiers; des cocotiers, des fougères gigantesques et une foule de plantes inconnues à l'Europe frappent d'abord la vue, mais, en somme, le pays peut à peine suffire à la nourriture de ses habitants. Sans ses mines et sa situation avancée dans la mer, jamais le roi de Portugal n'eût songé à y établir une garnison perjnanente.

Après les compliments d'usage, traduits par des interprètes, don Diego et le chef africain s'occupent d'un traité d'alliance. La construction du fort est décidée : des présents s'échangent de part et d'autre; et, quand la nuit arrive, on allume des feux de joie, qui éclairent au loin la vaste étendue de l'Océan.

Pendant les travaux de la citadelle, qui durent deux ans, les meilleures relations ne cessent d'exister entre les indigènes et les envoyés de Jean IL Le roi Caramança vient souvent accompagné de ses principaux officiers armés de zagaies et de carquois garnis de flèches visiter don Diego et ses ingénieurs. Ces entrevues ont quelque chose de solennel ; les plus distingués parmi les noirs portent une ceinture tissue de fibres de palmiers et teinte de diverses couleurs; leurs bras et leurs jambes sont, ornés de bracelets d'or ; des chaînettes de même métal se font remarquer dans les cheveux et la barbe de ces hommes du désert. Quoique livrés au fétichisme le plus grossier, ils écoutent avec attention les paroles d'Azam-? buja qui s'efforce de leur démontrer l'existence de Dieu, seul créateur de l'univers, et les bienfaits de la religion chrétienne.

3tî ÉVANGÉLISATION DU CONGO.

Le polythéisme, chacun le sait, n'a jamais été le plus grand obstacle à la propagation de l'Evangile, car il suffit d'un peu de raison pour comprendre l'absurdité du culte des idoles ; mais ici, comme chez les Turcs et les Arabes qui cependant n'admettent qu'un seul principe de toutes choses, la pluralité des femmes est une coutume contre laquelle viennent échouer le zèle et l'éloquence des prédicateurs. Il est bien plus facile de redresser l'esprit que de guérir les faiblesses du cœur.

Enfin la redoute s'élève sur la pointe d'un monticule qui domine les flots ; des soldats aguerris sont préposés à sa garde, et, au bout de peu de temps, il s'établit aux environs un centre de commerce assez important pour acquérir le titre de cité. Au retour de don Diego, le roi de Portugal ajoute à ses titres celui de seigneur de Guinée.

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