ÉVANGÉLISATION DU CONGO
ment; il est connu aujourd'hui sous le nom de Congo, ainsi que le pays qu'il arrose*
Assemblage de petits Etats indépendants, le Congo est situé sous la zone torride, au sud de l'équateur. Il s'étend au nord jusqu'au cap Lopez, est borné à l'est par la région des Régas, au midi par l'Angola, et confiné à l'ouest à l'océan Atlantique. Diego Cam, ayant remonté le cours de l'eau, rencontre à une certaine distance des naturels de cette région inconnue et cherche à s'aboucher avec eux. Vaine tentative : ils ne peuvent converser que par signes ; néanmoins, dans ce langage muet, te navigateur finit par comprendre que ces nègres lui disent qu'ils ont un roi dont la demeure n'est pas fort éloignée.
Il envoie des marins à terre avec un lieutenant chargé d'offrir des présents consistant principalement en colliers de verre et en clochettes au potentat qui exerce son autorité sur les rives du Congo. Quelques jours se passent : ne voyant point revenir ses hommes, le capitaine portugais s'empare, par ruse ou par force, d'un certain nombre de noirs et remet à la voile pour Lisbonne. Cet acte, sans doute, manque de loyauté, mais il appartient à l'histoire.
On dit que, pendant la traversée qui fut longue et orageuse, les indigènes de la côte d'Afrique, traités humainement, apprirent assez passablement la langue portugaise pour être en état d'en faire usage à leur arrivée au port. Afin de ne pas les désespérer, Diego Cam, en s'emparant de leurs personnes, s'était engagé à les ramener dans leur patrie au bout de deux ans.
Jean II accueillit avec bonté ces otages d'un nouveau genre ; puis, les questionnant sur les mœurs et usages du Congo, il en retira de précieux renseignements pour ses expéditions futures. Plus doux et plus accessibles à la civilisation que les habitants de la Guinée qui avaient déjà paru à la cour, les captifs des bords du Zaïre firent bientôt l'admiration de la capitale. C'était à qui voudrait, les voir et les interroger.
§8 ' LVANGÉLISAT ION DU COJTCTO.
.1 Les chroniques, lusitaniennes ne disent pas si ces idolâtres se convertirent au christianisme; il est cependant permis de le présumer. Toujours est-il que, quand vint le temps fixé pour leur retour, ils étaient parfaitement au courant des habitudes européennes.
Que ne m'est-il donné de retracer l'enthousiasme du roi pour de nouvelles découvertes? Il cherche avidement la route des Indes, désireux d'ajouter un fleuron à sa couronne, et de contribuer au bonheur de son peuple en ouvrant des débouchés aux produits nationaux. Mais, si les intérêts matériels sont l'objet de ses constantes préoccupations, il ne néglige pas non plus de veiller à la propagation de la foi; Diego Cam s'embarque une seconde fois avec ordre de pousser plus loin encore ses investigations; sur le navire qu'il commande, se trouvent des missionnaires destinés à évangéliser le Congo.
Pour charmer les ennuis d'une longue traversée, les matelots racontaient les péripéties de leurs voyages passés, les nègres faisaient la description de leur pays qu'ils allaient bientôt revoir, les prêtres chantaient des hymnes et des cantiques ; une douce joie régnait à bord de la flotte. Seul, le commandant était inquiet. Comment les compagnons qu'il avait laissés au milieu des sauvages, le recevraient-ils, si toutefois ils étaient encore vivants?...
Arrivée à l'embouchure du fleuve qui, comme nous l'avons dit, a donné son nom à toute la côte, l'escadre, composée de quelques caravelles, en remonte le cours jusqu'à Benguéla, où réside le roi africain. Celui-ci, qui s'est montré favorable aux Portugais abandonnés, reçoit avec joie les présents que lui envoie Jean II, et rassuré Cam et ses officiers sur le sort de leurs compatriotes. Peu de temps après, les exilés paraissent, et, tout entiers au bonheur de revoir des visages blancs et d'entendre les accents de leur langue maternelle, ils se jettent dans les bras de leurs anciens camarades en pardonnant les Loris qu'on a pu avoir à leur égard.- w
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•fVANGEUSATION DU CONGO. S9
Le temps que passèrent ces soldats chrétiens parmi les infidèles ne fut pas perdis Ils apprirent à ces derniers à se bâtir des logements plus commodes que les misérables cabanes e.n usage avant leur arrivée, à cultiver les terres d'une, manière plus intelligente, à mieux vaquer aux soins d'hygiène et de propreté, et s'appliquèrent enfin à leur donner une haute idée de la religion chrétienne.
C'est ainsi que s'ouvrirent les voies à la prédication de l'Evangile. Les missionnaires, animés d'un saint zèle, trouvèrent le roi du Congo dans les meilleures dispositions à leur égard. Ce prince, que son intelligence et son courage avaient placé à la tête d'un peuple guerrier, suivait, comme le plus simple de ses sujets, les instructions religieuses. La grâce opérait si bien en lui que, sur le point de livrer une grande bataille à d'injustes agresseurs, il demanda le baptême. .
Entraînées par l'exemple du souverain, les masses, déjà éclairées mais hésitantes encore entre Terreur et la vérité, se décident à renoncer au culte insensé des idoles
net à se ranger sous la bannière de Jésus-Christ, le vrai libérateur du genre humain.
Quel beau jour de fête que celui où le monarque des Noirs et son fils, aîné renoncèrent à Satan, à ses pompes et à ses œuvres! Les conversions devinrent si nombreuses, qu'il fallut appeler de nouveaux ouvriers évançéliques; puis, comipe toujours, la civilisation marchant . à la suite du christianisme, on vit bientôt les familles indigènes les plus notables envoyer leurs enfants à Lisbonne pour les former à la science et à la vertu.
« Parmi les récits merveilleux qui ont eu cours dans le moyen âge, dit M. Ferdinand Denis, il n'est peut-être pas un mythe plus généralement répandu que celui du prêtre Jean ou preste Jean; non-seulement il circule dans toute l'Europe, mais il frappe toutes les imaginations, et s'il agrandit le cercle des fictions poétiques qui s'étendent jusqu'à la renaissance, à l'imitation des grandes traditions fabuleuses de l'antiquité, il contribue dès l'origine à étendre le champ des découvertes dans le monde réel. »
Jean II, qui cherchait la route des Indes par terre, se tenait au courant de tout ce qui pouvait favoriser son entreprise. Or, à cette époque, on croyait généralement en Portugal que dans l'Ethiopie occidentale, au pays des Abyssins renommé pour ses richesses, il y avait un prince revêtu à la fois du sacerdoce et de l'empire.
Voulant à tout prix se mettre en rapport avec le prèlre Jean, comme on l'appelait, il envoya en i486 à Jérusalem un religieux de l'ordre de Saint-François et un gentilhomme de mérite, avec la recommandation de se joindre aux pèlerins d'Abyssinie quand ceux-ci se remettraient en route pour regagner leur patrie. II paraît que, faute de connaître la langue arabe, ces deux messagers ne purent remplir leur mission.
Contrarié mais non découragé, le roi de Portugal n'abandonna pas son dessein ; nous verrons plus tard l'exécution qu'il lui donna. C'est ici, il me semble, le lieu d'éclaircir, autant que possible, la fameuse légende du prêtre Jean, personnage célèbre qui peut-être n'a jamais existé.
Les Nestoriens, condamnés au concile général d'Ephèse pour leurs erreurs sur l'incarnation du Verbe, se répandirent de bonne heure dans l'Asie centrale; on croit
qu'au XI e sièclç ils convertirent à la foi chrétienne altérée par le schisme le roi de Karaït en Tartarie, et que même ils l'ordonnèrent prêtre.
Plus tard, sous le pontificat d'Alexandre III, Pun des successeurs de ce prince oriental ayant témoigné le désir de se mettre en communication avec le Saint-Siège apostolique, envoya au chef de l'Eglise romaine une lettre par laquelle il lui faisait acte de soumission et sollicitait la faveur de posséder une église dans la ville éternelle et un autel dans la basilique du Saint -Sépulcre, à Jérusalem.
Le pape, disent les Annales ecclésiastiques de Baronius, accéda à cette requête; il fit même plus, car il chargea un de ses légats de se rendre auprès du roi de Karaït pour recevoir son abjuration, ainsi que celle de ses sujets. Là se terminent nos renseignements.
Ce n'est que deux cents ans plus tard, au XIV® siècle, après la conquête de la Tartarie par les Mongols, que nous retrouvons un des derniers rejetons de la race des princes Karaïtes revenu à l'hérésie de Nestorius et converti par un missionnaire franciscain.
Que le premier roi tartare qui s'est fait chrétien ait pris le nom de Jean au baptême, c'est fort possible ; que le sacerdoce ait été conféré à ce monarque ou à quelqu'un de ses successeurs régnant sous le même nom, il n'y a encore là rien d'invraisemblable. Il est certain que les évêques nestoriens n'ont jamais été bien exigeants pour les dispositions quand il s'est agi de conférer les ordres. A l'époque où la légende du prêtre Jean s'est répandue, l'Orient était peu connu; il n'est, par conséquent, pas étonnant qu'on n'ait pu bien préciser le pays où vivait ce souverain extraordinaire.
Un ambassadeur dû roi de Bénin, région du golfe de Guinée, découverte en 1484 par le navigateur portugais Joseph d'Aveiro, ayant appris à Jean II qu'à une distance de vingt lunes de marche, c'est-à-dire à deux cent}
cinquante lïéues environ de la Nigritie maritime, il y avait un puissant empire dont tous lés Etats voisins étaient tributaires, il n'en fallut pas davantage pour éveiller l'attention d r un prince qui ne se lassait point d'étudier la cosmographie.
■ - — Quel est, dit-il à l'envoyé africain, le nom du roi de cette grande contrée?
— Sire', on l'appelle Okané, et il ne se montre aux étrangers que couvert d'un manteau de soie qui lui cache tout le corps. • x ..
— Comment reçoit-il les députationsj?^^^
— ' Il fait de beaux présents a^o^uzcraift 3 et à leurs représentants.
— En quoi consistent ces présents?
— Je ne saurais tous les énumérer, mais il s'y trouve toujours un bourdon, un casque de cuivre brillant et une croix à peu près semblable à celle que portent les commandeurs de l'ordre de Saint- Jean de Jérusalem, que j'ai vus près de votre Majesté. On dit que ce grand seigneur est pontife et roi.
Après avoir congédié l'ambassadeur, Jean II entre dans son cabinet de travail, consulte toutes ses cartes, suit de l'œil les contours du royaume du Bénin, passe en revue les pays limitrophes, et finit par s'arrêter à l'Àbyssinie.
— C'est ici, diMl en lui-même, que doit habiter ce roi chrétien dont on parle tant; ce roi, après tout, ne saurait être autre que le prêtre Jean.
. Joyeux de ce qu'il considère comme le résultat de ses recherches, le roi de Portugal appelle ses conseillers, leur fait partager son enthousiasme et décide une nouvelle expédition par terre et par mer.
D'un autre côté, les croisades, en multipliant les rapports avec l'Orient, pays par excellence du merveilleux, avaient depuis longtemps déjà accrédité la légende de ce personnage fameux- qu'on prétendait faire descendre des
anciens Mages et régner sur un grand peuple à l'extrémité de l'Asie.
Dès Tari 1145, un évêqùe de Gàbula,' en Syrie, avait présenté au pape Eugène III une députation d'Arméniens •qui racontaient des choses étonnantes* au sujet du prêtre Jean, dont la renommée était arrivée jusqu'à leurs
oreilles. ^
Selon les rapports qui leur étaient parvenus, ce roi, revêtu de la dignité sacerdotale, avait vaincu les Perses et les Modes, s'était emparé d'Ecbatane et accourait au secours de Jérusalem, lorsque des circonstances imprévues l'avaient forcé de rentrer dans ses États. ïls citaient également une lettre que le même souverain aurait adressée à Manuel, empereur de I^Éiànce.
Environ un siècle plus tard, c'est-à-dire en 1219, Jacques de Vitry, évêque de Ptolétnaïs, rendant compte au pape Honorius III des succès de la cinquième croisade, lui parle d'un roi des Indes, appelé David et surnommé le prêtre Jean, qu'il regarde comme suscité de Dieu pour combattre les infidèles.
Je pourrais m'étendre longuement sur les récits légendaires qui ont occupé tout le moyen âge au sujet d'un héros, dont l'existence n'est rien moins que certaine. L'insistance de Jean II à découvrir le royal pontife, qu'il croyait propre à favoriser ses desseins dans la conquête du Malabar, n'eût-elle eu pour résultat que de faire avancer les études cosmographiques, qu'il faudrait encore s'en féliciter.
A des connaissances extraordinaires pour son temps, le roi de Portugal joignait une fermeté de caractère que rien lie pouvait déconcerter. Toujours entouré de voyageurs et de savants, il ne rêvait que découvertes et conquêtes nouvelles ; il s'agit maintenant d'un des avènements les plus remarquables de son règne, je veux parler du résultat d'une importante expédition maritime.