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XIX. — CHRISTOPHE COLOMB A LA COUR DE PORTUGAL

Le 6 mars 1493, relâchait à Lisbonne, par suite de vents contraires, une flottille commandée par un homme, qui, depuis longtemps déjà, faisait parler de lui. Né à Gênes ou aux environs, en 1442, d'une famille de tisserands, Cristoforà Colombo, comme on l'appelle en Italie, fit quelques études élémentaires à Pise, et comme on le destinait à la marine marchande, il s'appliqua plus spécialement à la géographie, à 1 astronomie et aux mathématiques. Doué d'une intelligence hors ligne, l'écolier joignit bientôt la pratique à la théorie.

A peine adolescent, le futur grand homme s'embarquait pour les mers dètNord, où il apprenait à affronter les tempêtes. Pendant plus de vingt ans, il parcourt toutes les parties du monde alors connu, prenant des notes sur la direction des courants et autres particularités qui le frappent en mer. Convaincu de la sphéricité de la terre, quoique la jugeant plus petite qu'elle ne l'est en réalité, il se dit que, pour qu'il y ait harmonie entre les deux hémisphères, il faut qu'il existe un autre continent, et sur cette idée, encore bien imparfaite, il se livre à de nouvelles recherches, qui ne font que le confirmer dans la pensée d'un monde à découvrir.

Christophe Colomb n'étant point assez riche pour entreprendre à ses frais une expédition lointaine, s'adresse d'abord au gouvernement de son pays, puis au pape, ensuite au roi de. Portugal, enfin à Ferdinand le Catholique qui, occupé au siège de Grenade, n'écoute pas plus ses propositions que les autres souverains. Tous le traitent de rêveur et de visionnaire. Il ne se décourage point cependant, et, au bout de six ans, il revient à la charge.

Du côté de l'Espagne, les chances étaient plus favorables. Vainqueur des Maures, le roi de Castille pouvait

librement songer à de vastes entreprises. Un moine, du nom de ferez, confesseur de la reine, avait eu de longs ' entretiens avec le navigateur génois, et avait fini par approuver son plan. Colomb se .disposait à partir pour Paris, appelé par le roi de France Charles VIII, lorsque, sur un avis d'Isabelle, il apprit que trois vaisseaux espagnols allaient être mis à sa disposition.

Il mit à la voile dans le petit port de Palos, en Andalousie, le 3 août 1492, et, à la suite des terribles épreuves que tout le monde connaît, il aborda à San-Salvador, après septante-et-un jours de navigation; il découvrit bientôt après les îles de Cuba et d'Haïti. C'est au retour de ce premier voyage que, s'étant arrêté à l'embouchure du Tage, il alla rendre visite au roi de Portugal.

La cour était alors à Valparaiso, près de Santarem; lorsque Jean II eut appris que Colomb, qu'il connaissait déjà, désirait une audience, il s'empressa de la lui accorder.

— Vous savez, lui dit le roi, tout ce que j'ai fait en faveur de la navigation; si je ne vous ai point employé à mon service, c'est qu'à l'époque où vous vous êtes présenté, mes navires étaient employés aux guerres de Barbarie ou sur les côtes de la Guinée. Je vous félicite du «uccès de votre entreprise. .

— Sire, répond le marin, je ne suis encore qu'au début de mes excursions au delà de l'équateur; après les îles, viendra la découverte de la terre ferme, mais, pour cette seconde expédition, il me faudra d'autres bâtit ments que de simples caravelles.

— Mon frère, le roi de Castille, vous les fournira sans doute ; s'il s'y refusait, j'en référerais à mon conseil qui entrerait assurément dans mes vues à votre égard. Qu'apportez-vous des régions que vous avez visitées?

S'attendant à cette question, Colomb fait introduire alors quelques Caraïbes qu'il a embarqués aux Antilles et les présente à Sa Majesté. « Comment, s'écrie le

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monarque, ces hommes n'ont rien de la race noire, ni les cheveux, ni les traits ; ils ressemblent presque aux Européens, à part la couleur olivâtre de leur teint ! » Et il demeure confondu d'étpnnement en voyant des individus d'un aspect si peu en rapport avec ce qu'il a appris touchant les peuples de l'Inde.

Les palmes encore verdoyantes et les pépites d'or, qu'exhibe ensuite l'intrépide navigateur, donnent beaucoup à réfléchir au roi, qui doit regretter à présent de n'avoir point cru à l'existence d'un nouveau continent. Disons toutefois à la louange de Jean II, que sa conduite envers Colomb fut pleine de noblesse et de dignité.

Comme je l'ai fait remarquer précédemment, il ne manque jamais de conseillers quand il s'agit de commettre le mal; ceux-là même probablement, qui avaient engagé le roi à mettre à mort Ali-Barraie, prisonnier de guerre dont la mise en liberté pouvait encore susciter de grands embarras ; ceux-là même, dis-je, insinuèrent qu'il serait de bonne politique d'employer le fer ou le poison pour mettre l'explorateur dans l'impossibilité de se rendre à la cour de Castille.

Par là, disaient-ils, le Portugal profitera seul des récentes découvertes et les poussera aussi loin que possible, grâce aux révélations de Christophe Colomb, des matelots de son équipage et des insulaires expatriés. Le bruit d'un naufrage, habilement répandu, fera taire les réclamations de l'Espagne ; on sacrifiera les caravelles et on en laissera les débris sur quelque côte dangereuse de l'Océan; les marins castillans enfin, seront rélégués dans une contrée, où leur sera interdit tout espoir de retour.

Ce noir complot arrive aux oreilles du roi ; il frémit d'indignation et déclare que si jamais . il découvre les auteurs de cette machination infernale, il en sera fait prompte justice.

Dès lors, prenant un intérêt tout particulier au navigateur génois, le souverain portugais le comble d'hoir

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