LE GRAND -MAITRE DU PALAIS
même du château, et cela constituait un abus des plus graves. Or, pour y remédier, le roi fit défendre sous peine de mort de mettre la main à l'épéè à l'occasion des querelles intestines qui s'élèveraient au dedans des appartements de sa résidence.
La dignité de grand-maître du palais fut donc reconstituée en faveur de Stéfano Hernandez, cavalier de qualité, auquel on adjoignit douze archers pour la police intérieure de la maison royale. Voici le fait principal qui contribua à la mesure de rigueur dont il s'agit. Jusqu'à ce jour, les rixes s'étaient presque toujours passées entre simples soldats ou serviteurs de basse condition; cela évidemment déplaisait au roi, qui ne demandait que le repos et la tranquillité ; mais, quand il apprit que les gentilshommes eux-mêmes se portaient des défis presque sous ses yeux, il ne put contenir sa juste indignation et se crut obligé de recourir à la sévérité. Ce furent don Diego d'Almeïda, prieur d'Ocrato, et don Jean de Sosa. grand voyer du royaume, qui mirent le comble à la patience de Jean II. Certes, ces deux seigneurs étaient pourtant bien favorisés à la cour.
Des paroles, mal interprétées ou mal rapportées f avaient jeté un grand froid entre ces personnages. Leurs partisans, qui ne cherchaient qu'à plaire à l'un ou à l'autre, suivant l'intérêt dont ils étaient animés, envenimaient encore les choses en se faisant l'écho de bruits mensongers, trop souvent colportés par la malveillance. En raison de la haute naissance et du rang élevé des antagonistes, il s'était formé comme deux camps qui divisaient les esprits les mieux intentionnés. Bref, il résulta de cette discorde un tel scandale qu'il fut décidé qu'on s'en remettrait au sort des armes pour trancher le différend.
Désireux de couper court à un conflit qui menaçait de prendre des proportions dangereuses, le roi interposa son autorité. Il interrogea en particulier chacun des