LE GRAND-MAITRE DU PALAI
adversaires, s'informa soigneusement de la cause de leur démêlé, entendit des témoins désintéressés dans l'affaire, et, quand il fut parfaitement au courant des choses, il se prononça en faveur d'une réconciliation immédiate. Les deux seigneurs, craignant une disgrâce, se soumirent à la volonté du monarque.
On n'a jamais su le motif de celte querelle. Est-co l'ambition, la jalousie, la vanité ? je serais plutôt porté à croire que des hommes de cette valeur auront cédé à l'entraînement d'un point d'honneur mal entendu. Il y a toujours à la cour comme à la ville des intrigants qui, dénués de mérite personnel, ne cherchent, comme on dit vulgairement, que plaies et bosses. Incapables d'arriver par eux-mêmes, ils fomentent sans cesse la discorde, afin de s'afficher comme pacificateurs au milieu du trouble et de l'agitation. C'est un fléau social contre lequel les grands ne sauraient être trop en garde.
Pour éviter le retour de luttes et de scandales, qui compromettaient le respect dû à sa demeure, le roi, ainsi qu'il a été dit plus haut, fit revivre le titre de Merino do Palacio, que nous avons rendu par l'expression de grandmaître du palais; et il en investit un officier d'une fermeté à toute épreuve.
Cependant la maladie de Jean II donnait de graves inquiétudes; si l'âme était toujours forte et courageuse, le corps s'affaissait sous le poids de la souffrance. Il est à présumer que don Diego d'Almeïda et don Jean de Sosa, honteux de troubler le repos d'un souverain qui avait eu tant de bonté à leur égard, se donnèrent la main plus encore pour lui être agréables, que pour obéir à ses ordres.
Le roi avait beau réagir contre la fièvre qui le minait, ses traits changeaient à vue d'œil. Dans l'impuissance où les médecins se trouvaient de le soulager immédiatement, ils lui conseillèrent les eaux de Monchique, en Algarve. La saison était déjà avancée; mais comme on n'avait plus