LIOUT DE JEAN II
d'eux avec affabilité et les exhorta vivement à s'attacher à la reine, son épouse. Enfin le roi, avant de fermer les yeux, demanda pardon par écrit à l'infante, sa bellemère, au cardinal Georges d'Acosta, et à tous les habitants du royaume qu'il aurait pu avoir offensés.
Sentant sa fin prochaine, Jean II reçut, le matin même du jour de sa mort, les sacrements de l'Eucharistie et de l'Extrême-Onction ; il se fit ensuite lire l'histoire de la Passion de Jésus-Christ, qu'il écouta avec une religieuse attention. Tandis que toutes les personnes présentes poussaient des sanglots, le mourant seul était calme et ne songeait qu'à implorer le pardon de ses péchés. Comme saint Ferdinand, roi de Léon et de Castille, il voulut qu'on le déposât à terre et qu'on n'usât plus d'aucun titre à son égard. « Je ne suis plus que cendre et pourriture, disait-il, et n'ai plus besoin que de prières. »
On rapporte que, voyant au nombre de ceux qui l'assistaient à sa dernière heure un prélat dont la conduite laissait à désirer, il le prit en particulier et lui fit promettre par serment de mener à l'avenir une vie plus édifiante. De même qu'il avait demandé pardon à tout le monde, le souverain portugais voulut aussi pardonner ù tous ceux qui avaient eu des torts envers lui.
Cependant l'heure fatale approchait; le roi était en butte à de fréquentes syncopes ; à la suite d'une crise prolongée, on le crut mort. L'évêque de Tanger pensa qu'il était temps de lui fermer les yeux, mais, au moment où il s'apprêtait à remplir ce pieux devoir, l'agonisant le regarde fixement et lui dit : « Monseigneur, il n'est pas encore temps. » S'informant alors à quel point en était la marée, il répondit à la personne qui le lui indiquait : « Il me reste deux heures à vivre. »
Pendant ce court intervalle, qui le séparait de l'éternité, le roi s'unit à la récitation des prières que l'Eglise a consacrées au soulagement des fidèles prêts à quitter