‹ Jean II, roi de PortugalChapitre 83 sur 84 · LUIZ DE CAMOENS · texte numérisé non relu

LUIZ DE CAMOENS

Prince des poètes de son temps.

H vécut pauvre et malheureux

et mourut de même

Tan MCLXXIX.

Tel fut le citoyen intègre qui, par son intelligence et , sa bravoure, honora son pays; si j!ai réussi à le faire paraître sous son jour véritable, je m'estimerai heureux d'avoir contribué à sa gloire dans la, mesure de mes faibles talents. Il me reste à le montrer comme rénova-

teur de l'épopée historique au XVI e siècle; ici ma tâche est plus facile ; il me suffit d'analyser en peu.de mots le livre impérissable où il rappelle à l'univers tout ce qui peut contribuer à l'éclat de sa patrie.

Sans m'arrêter aux divers genres de poésie dans lesquels a excellé Camoens, j'aborde de suite l'ouvrage qui a mis le sceau à sa réputation. Avant lui, sans doute, le Dante avait mis au jour la Divine Comédie; mais ce poème mystique et politique à la fois, où brillent toutes les ressources d'une imagination ardente secondée par des

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connaissances immenses, ne semble avoir pour but que la satire des vices de l'époque où vivait son auteur; l'Arioste s'était rendu fameux par son. Orlando furioso, qui n'est, en somme, qu'un roman de chevalerie ; il était donc réservé au poète portugais de venir après de longs siècles, à la suite d'Homèfe et de Virgile, faire vibrer le sentiment patriotique, en rappelant à ses contemporains les hauts faits de leurs ancêtres. Le Tasse et Milton n'ont paru qu'après lui.

Aristote définit l'épopée: Une narration en vers d'aventures héroïques; elle doit être, dans son action, une, grande et entière. Si je m'en rapporte au jugement de l'un de ses meilleurs interprètes, 1 Camoens remplit ces conditions ; il me paraît aisé de le démontrer. Et d'abord je remarque qu'il ne cherche point hors du Portugal le sujet de son poème ; il est animé de l'esprit national qui inspira YBiade et Y Enéide; il veut éterniser la gloire de son pays.

Un peuple qui, de son berceau, s'était élancé à la conquête des régions subjuguées par les Maures ; qui, après avoir fondé sa monarchie sur les champs de bataille et l'avoir maintenue contre toutes les forces de la Castille avait rejeté dans les déserts de l'Afrique l'antique ennemi des chrétiens ; qui, bravant enfin les fatigues et les tempêtes, était allé, à travers des mers inconnues, élever un empire en Orient : un tel peuple dut exciter l'enthousiasme d'un poète qui adorait sa patrie. Il résolut de transmettre à la postérité le souvenir de ces glorieux . événements, et de donner au nom portugais un éclat qu'aucun autre nom n'avait encore obtenu. Ce n'est plus un héros qu'il va célébrer, c'est un peuple de héros, c'est la race entière de Lusus, os Lusiadas, les Portugais, aussi grands dans la navigation qu'ils l'avaient été dans les batailles.

(1) Don Jose-Maria de Souza-Bothelo, dans sa notice sur la vie et les ouvrages de Camoens, traduite par J.-B. Milliô.

Il choisit pour sujet de son poème le fait le plus mémorable de l'histoire de sa nation, la découverte de l'Inde par Vasco de Gama et ses compagnons. Autour de ce grand fait, il rassemble comme parties intégrantes du sujet les actions éclatantes qui conduisirent graduellement le Portugal à l'établissement du vaste empire qu'il devait fonder en Asie. Tout ce qui peut rehausser la gloire de son pays entre dans son plan et s'y rattache sans détruire Yunité de l'action principale. Il s'agit évidemment d'aventures héroïques, car si l'on considère l'état des connaissances nautiques à l'époque où se passent les événements, le peu de ressources de la nation portugaise, la faiblesse même de l'expédition de Gama, qui n'avait que trois vaisseaux et cent cinquante hommes à sa disposition, on est forcé d'admettre que le succès de l'entreprise égale en merveilleux, si elle ne la dépasse, la fameuse prise de Troie.

Quant à la grandeur* de l'action, elle ressort des résultats obtenus. Tout le monde sait que les conquêtes chantées par Camoens affaiblirent la puissance des Musulmans qui menaçaient de réduire l'Europe en servitude, et que l'ouverture des mers orientales et le commerce de l'Asie ont considérablement influé dans l'ancien monde sur l'accroissement des richesses, les progrès de la civilisation, la propagation de la foi et le bonheur des peuples.

Enfin l'action du poème est entière; il suffit, pour s'en convaincre, de se rappeler ce simple début qui renferme tout le plan de l'ouvrage. « Je chanterai les combats, et ces hommes courageux qui, de la rive occidentale de la Lusitanie, portés sur des mers que la proue n'avait point encore sillonnées, franchirent les plages de la Taproàane, déployèrent au milieu des périls et des batailles une force plus qu'humaine, et, parmi des peuples lointains, fondèrent si glorieusement un nouvel empire. »

Le reproche le plus souvent adressé à l'auteur des Lusiades est celui d'avoir mêlé la mythologie aux mys-

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tères du christianisme. Il faut nécessairement se reporter au temps où le poète écrivait, c'est-à-dire en pleine Renaissance, pour se rendre compte de ce mélange, qui n'avait point alors le caractère choquant qu'il a pris de nos jours. Il a été longtemps de règle, et Boileau luimême est d'avis qu'il ne saurait y avoir de véritable épopée sans recourir aux anciennes fictions. 1 Le Tasse • et Milton, qui sont venus après Camoens, ne sont pas entièrement exempts du même reproche. Le barde portugais était de si bonne foi en (empruntant à Homère et à Virgile le merveilleux antique, qu'il a eu soin de déclarer par la bouche de Téthys que toutes les divinités du paganisme mises -en jeu dans son ouvrage ne doivent être regardées que comme des allusions poétiques. 2 Il ne faut pas le juger comme s'il avait vécu au XIX e siècle; d'ailleurs quelle est l'œuvre humaine sans défaut?

Je ne puis résister au désir de faire ressortir brièvement les beautés qui m'ont le plus frappé à la lecture de ce poème si propre à inspirer l'amour de la patrie ; ces citations, inutiles aux Portugais qui savent par cœur les beaux vers de Camoens, auront, je crois, l'avantage de vulgariser en France une des plus remarquables productions de la littérature étrangère. Au début, que nous avons déjà reproduit, le poète ajoute : « Je dirai les vertus héroïques de ces princes qui soumirent à leur domination les contrées infidèles de l'Afrique et 'de l'Asie, et, sur d'impurs débris, établirent le règne de la foi. Je dirai ces guerriers que leur valeur a rendus immortels. Si l'art et le génie me secondent, leur renommée remplira l'univers. »

Lorsque le chef des insulaires demande à Gama arrive en face de Mozambique, quelle est sa religion, le grand navigateur lui répond : « Le Dieu que j'adore gouverne

(1) Art poétique, chant m. D'un air plus grand encore la poésie épique, etc.

(2) Os Lusiadas, canto x.

la'terre et les cieux. La nature vivante, la nature inanimée, le monde et ses merveilles sont l'œuvre de sa puissance. Ami des faibles humains, il a souffert pour eux l'injure et la mort, et n'est descendu du ciel que pour les y faire monter avec lui. »

A l'approche du danger qui menace les Portugais, prêts à devenir victimes de la plus noire perfidie, qui n'admirerait cette réflexion philosophique. « Triste condition des humains! Sur mer, les tourmentes et les naufrages, à chaque instant la mort sous les yeux ! Sur terre, les combats, les trahisons, l'indigence et toutes ses horreurs! Où fuir? où trouver un asile pour cette existence si malheureuse et si courte? Dieu de bonté! que mes misères te désarment. Epargne dans ta clémence la faible et gémissante créature qui s'anéantit devant toi. »

Echappé au piège que lui avaient tendu les féroces disciples de Mahomet, Gama rend grâces au secours d'en haut et l'implore de nouveau pour le succès de son entreprise, en ces termes touchants : « Céleste Providence ! c'est ta main qui nous arrête au bord du précipice, à l'entrée de ces ports infidèles que l'amitié semblait nous ouvrir. C'est ton flambeau qui vient de percer la nuit des complots formés contre nous. Ah ! n'abandonne pas d'infortunés voyageurs qui n'ont que toi pour guide et pour appui. Si déjà ta bonté tutélaire a daigné nous arracher aux trames de la perfidie, si tu prends en pitié les maux que nous souffrons pour ta gloire, achève ton ouvrage : conduis-nous dans un port de salut, ou montre-nous cette terre que nous ne cherchons à découvrir que pour y faire adorer ton nom. »

Le roi de Mélinde, qui accueille favorablement les Portugais, demande au chef de l'expédition de lui faire connaître les événements qui ont précédé et préparé l'héroïque aventure dont le but est si glorieux. C'est alors que Camoens retrace avec une exactitude surprenante l'état de l'Europe et fait une description de lieuxque le génie

d'Homère pouvait seul inspirer. Il est certain qu'en mettant sur les lèvres de Vasco de Gama des paroles qui respirent le plus pur patriotisme, il se sentait lui-même opris des sentiments qu'il rend ainsi : « Le Ciel a voulu que la Lusitanie triomphât des enfants d'Almanzor, qu'elle les rejetât de son sein, et devînt à son tour la terreur de l'Afrique. C'est mon pays, mon cher pays. Puisse le Ciel v y ramener mes heureux navires! Puissé-je, à la fin de ma laborieuse entreprise, revoir ses doux rivages, les fouler encore et mourir !»

Dans le récit de la mort tragique dînez de Castro, il y a des beautés de premier ordre; l'antiquité classique reparaît tout entière dans un grand nombre de tableaux ; qu'il me suffise, pour en donner un aperçu, de ces simples lignes : « Les monstres des forêts, les farouches habitants des airs, ont quelquefois, à la vue de l'enfance abandonnée, oublié leur instinct féroce. Une louve a nourri Romulus et son frère; l'oiseau ravisseur a ' secouru Sémiramis aux déserts de l'Assyrie... » Puis, s'adressant à Alphonse IV, le poète lui dit : « Ta main victorieuse a su, dans les. combats, donner la mort aux infidèles. Ne saurais-tu donc aujourd'hui accorder la vie à une infortunée qui n'a point mérité de la perdre? » Peut-on lire, sans être attendri, cette description des derniers instants de la victime sacrifiée à une politique barbare : « Comme la fleur des champs se flétrit et perd son parfum sous la main folâtre de la bergère trop pressée d'en orner sa guirlande : telle pâlit et se décolore la mourante Inez. Ses traits s'effacent, ses yeux s'éteignent, les roses de son teint ont disparu avec la vie. »

Quelle touchante simplicité, quel naturel dans le récit du départ de Gama : « Enfin nous sortons du temple, de ce temple saint qui a pris le nom de Bethléem, 1 berceau d'un Dieu. Il s'élève sur le rivage et regarde cette mer

(1) Par contraction, on dit aujourd'hui Belem.

à laquelle nous allions confier nos destinées.... roi! 1 pardonne un douloureux souvenir. Quand je reporte ma pensée vers ces bords que je quittais avec tant d'émotion, j'ai peine encore à retenir mes larmes. Nos parents, nos amis, un peuple immense accourait sur le rivage. L'affliction se peignait dans tous les yeux. Et nous, accompagnés de paisibles cénobites dont les pieux cantiques s'élevaient jusqu'au ciel, nous marchions lentement vers nos vaisseaux. Le deuil général s'accroissait à chaque pas. Les femmes versaient des pleurs, les hommes laissaient échapper de profonds soupirs. Les sœurs, les épouses, les mères, en proie aux alarmes d'une tendresse plus défiante, augmentaient encore la tristesse d'un départ qui semblait sans retour. »

Rien de plus saisissant que l'apparition, non loin du cap de Bonnç-Espérance, de la figure du géant qui se dit préposé à la garde de l'océan indien. « Sa taille égalait en hauteur ce prodigieux colosse, autrefois l'orgueil de Rhodes et l'étonnement de l'univers. Il parle : sa voix formidable semble sortir des gouffres de Neptune. À son aspect, à ses terribles accents, nos cheveux se hérissent, un frisson d'horreur nous saisit et nous glace. » Et quand Gama, s'adressant à ce prophète de malheur qui lui annonce les plus épouvantables désastres, lui dit- : Qui es-tu, monstre? celui-ci lui répond : « Je suis le génie des tempêtes; j'anime ce vaste promontoire que les Ptolémée, les Strabon et les Pomponius, qu'aucun de vos savants n'a connu. Je termine ici la terre africaine, à cette cime qui regarde le pôle antarctique et qui, jusqu'à ce jour, voilée aux yeux des mortels, s'indigne en ce moment de votre audace. Tu vois un des compagnons d'Encelade, d'Egée et du géant aux cent bras. Je m'appelle Adamastor. »

(1) C'est sous le règne d'Emmanuel qu'eut lieu l'expédition célébrée par Camoens.

Qui ne serait profondément ému à la prière du grand navigateur, dont les espérances vont s'évanouir si la tempête continue à se déchaîner, sur sa flotte déjà si éprouvée ; il invoque le bras divin qui peut seul l'arracher au trépas, lui et ses compagnons, et il s'écrie : « Céleste Providence! qui gouvernes les cieux, la terre et Fonde, ô toi qui sauvas jadis Israël au sein du golfe Erythrée, et l'apôtre des nations au milieu des Syrtes sablonneuses ; toi qui, dans le grand naufrage où périt une race coupable, daignas épargner, la famille de ce Juste qui devait être le second père des humains. O mon Dieu! n'aurions-nous donc franchi tant d'écueils, que pour en trouver de plus terribles encore? Ne nous aurais-tu délivré de tant de périls, que pour nous abandonner au terme de nos travaux? N'est-ce pas pour toi, pour ta gloire, que nous avons entrepris ce long et pénible voyage ?» Et il ajoute, plein de douleur : « Ah ! trop heureux nos frères qui, dans les champs de la Mauritanie, sont tombés sous la lance africaine. Ils sont morts pour la défense de la foi. Leurs exploits ne resteront pas ignorés. En perdant la vie, ils gagnaient une éternelle renommée : la mort dut leur paraître douce à ce prix.... Ainsi parlait le héros; et les vents continuaient de mugir; des sifflements aigus retentissaient dans les cordages ; de sinistres éclairs sillonnaient les nues. On eût dit, au fracas de la foudre, que les cieux tombaient de leur axe, et que les éléments en guerre ramenaient le chaos. »

Le ciel a exaucé les vœux de Gama; la tranquillité a Buccédé à l'orage. Camoens nous fait alors assister, pour ainsi dire, à la découverte de l'Inde, quand il dit : « Déjà le soleil naissant éclairait les collines qui entendent murmurer à leur pied les eaux du Gange. Le calme régnait sur les flots, et la joie dans les cœurs, quand, de la cime du grand mât, les nochers aperçurent la terre qui s'élevait devant eux. « Amis, s'écrie le pilote de Mélinde, si j'en crois mes yeux, c'est la terre de Calicut. Oui, c'est

elle; et si l'Inde est le terme de vos travaux, réjouissezvous, vos travaux sont finis. »

Arrivé au Malabar, Vasco de Gattia s'empresse de se mettre en rapport avec le roi de ce pays; le poète nous montre dans l'entrevue de ce prince avec l'amiral portugais, une fidèle représentation des mœurs orientales ; ici la poésie prête ses plus vives couleurs à la vérité historique. Mais ce qui me frappe surtout, ce sont les tristes pressentimeûts de Camoens sur son malheureux sort, et cette noble fierté avec laquelle il s'écrie : « Jamais, oh! non, jamais, vous ne m'entendrez célébrer celui qui, sans crainte et sans remords, sacrifie à de vils intérêts et le prince et l'État; ni l'ambitieux qui n'aspire aux grandeurs que pour en faire les instruments de ses vices. ». Si l'auteur des Lusiades gémit avec raison sur l'ingratitude de ses contemporains, il célèbre avec enthousiasme la gloire et les vertus des vieux Portugais.

Dans l'entretien du frère de Gama avec l'ambassadeur indien, le poète retrace vivement i les hauts faits des hommes dont les portraits figurent sur les étendards lusitaniens ; et, quand il arrive au connétable qui, sous Jean I er , se distingua à la bataille d'Aljubarota, le 13 août 1385, il prête au navigateur ce langage : « Quel nom donner au guerrier qui puisa tant / de force dans sa foi? L'appellerai-je le Scipion portugais? Le nom de Nuno-Alvarès est plus illustre encore. Heureuse patrie qui possédas un tel fils ou plutôt un si glorieux père! Tant que le soleil embrassera dans sa course et les champs de Cérès et les plaines de Neptune, la Lusitanic regrettera son libérateur. »

A la confiance qu'avait témoignée d'abord le souverain du Malabar, succède bientôt une sourde défiance ; le chef de l'expédition portugaise se voit entouré d'intrigues et menacé dans sa liberté. Ce n'est qu'à force de prudence et de courage, qu'il peut se soustraire à la captivité et regagner ses vaisseaux. Ici l'action se dénoue; la flotte

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triomphante va porter à Lisbonne la nouvelle de la découverte de l'Inde, et trouve sur sa route une île à l'aspect ravissant, oasis enchantée, qui donne au poète l'occasion de déployer toutes les ressources de sa brillante imagination. On peut dire qu'il va même trop loin dans ses peintures allégoriques. Fénelon, qui semble avoir imité Camoens dans sa description de l'île de Calypso, a été plus réservé; l'épisode de la nymphe Eucharis, dont il lui a été quelque fois fait un reproche, n'a rien d'aussi osé que le neuvième chant des Lu stade s. Voici comment se termine le poème destiné à immortaliser la gloire des Portugais :

Au milieu d'un festin magnifique donné par Téthys aux enfants de Lusus, une voix prophétique leur annonce les destinées des héros qui les suivront dans les mers orientales : c'est l'histoire des vice-rois de l'Inde depuis François d'Almeida jusqu'à Jean de Castro, Téthys les conduit ensuite au sommet d'une montagne regardée sacrée, d'où elle leur montre les vastes régions qui formeront un jour l'empire portugais en Asie. Les navigateurs quittent cette île, où ils ont été initiés aux secrets de l'avenir, traversent rapidement l'espace qui les sépare de leur patrie, et le roi Emmanuel, à qui le ciel avait réservé la domination de l'Orient, apprend par leur retour, que les destins sont accomplis.

Le langage du poète, celui de ses personnages, les sentiments qu'ils expriment, sont élevés comme le sujet. Pas une pensée qui ne soit noble, généreuse, héroïque ; point de basse flatterie, point d'éloge qui ne s'adresse au vrai mérite. Le barde lusitanien a vérifié cette célèbre maxime d'un moraliste français : Les grandes pensées viennent du cœur.

Voilà donc Camoens : le voilà tel qu'il s'est montré dans ses actions comme dans ses écrits. Les Portugais, pour le distinguer de tous les poètes de leur nation, lui ont décerné le titre de Grand; il l'a mérité à tous les

égards. Ses cendres reposent aujourd'hui, avec celles de Vasco de Gama, dans l'antique abbaye de Bélem, mais elles attendent encore un monument funèbre digne de figurer à côté des tombes royales qui remplissent l'enceinte du temple sacré. Je sais que le roî don Luiz I er n'a rien tant à cœur que d'honorer la mémoire du plus illustre enfant de Lisbonne, et que bientôt, grâce à son initiative, les vœux de tous ceux qui s'intéressent à cetto gloire patriotique par excellence, seront accompli?.

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