AQUARELLE
Comme les plis tombants d'une toge héroïque, Cachant la dure chair de la montagne antique, La forêt de sapins s'éploie.
Le matin vient baiser les cimes par le front. Et le couvent qui dort, paisible sur le mont,' Comme ua vieillard heureux, s'éveille.
La plaine est à see pieda, parée, diverse et
douce, Le vent careese les cheveux' des moissons rouseeS) Lee vignes lourdes penchenL
Et les villages, que le clailr soldl pénètre, Entr'ouvretkt, paresseux, les yeux de leurs
fenêtres.
I>e8 coqs. L'Angélus tinte.
La forêt verte, de ses sombres plis, enserre
Les flancs nides de la montagne légendaire :
Saintfr Odile.
Certes, Mademoiselle Kiœberlé s'est livrée, en prosodie, à de plus grandes audaces que ceJlee dont on aura remarqué l'originalité dans les vers que je viens de lire. Ici, die ne s'est affranchie que du joug de la sncceesion des rimes. Ailleurs, eQle ne craint pas d'aborder des rythmes d'une hardiesse peu banale ; elle a des vers comme celui-ci :
< Quand Marie Leczinska vint à Strasboi^g >
Et il se trouve, parmi la jeune école, des critiques autorisa pour déclarer qu'elle ne va pas assez loin. On a écrit d'elle : < Mademoiselle Eisa Kœberlé, qui a un rythme et un art bien à elle, a eu tort de laiaser brinqueballer dans ses poëmee des squelettes de vieilles métriques : Stances inachevées, terza rima inuprécises, scnnets-fantômes prêtant comme u» décor d'artifice à sa poésie vivante..,. >
Pour ma part, je ne saurais m'associer à ce regret- Je suis, au contraire, encltanté de ce qui i brinqueballe » chez la jeune muse straslmurgeoise. Et c.'ri.t à dcssdn i|ue j'ai choisi, pour vous la lirt', une iiiix^e i\ laquelle les apôtres du vers libre peuvent reprocher un * décor d'artifice » parce qu'elle a des allures de stances, — de belles stances — mais que mes auditeurs auront admirée précisément, peut-être, parce que
dans ces vers si largemeot harmoniefux, et si souples pourtant, Taiiteur n'a pas trop violemment Tompu avec les usages qu'un nombre encore respectable de poètes continuent à suivre... Je l'ai mit, d'ailleurs, pour mieux mettre en valeur le beau talent de Mademoiselle Koeberlé. Et à ce propos, permettez-moi une petite remarque dont vous excuserez la malice : il semble que les meilleurs vers des novateurs les plus fervents soient précisément ceux qu'ils écrivent en faisant des concessions aux rèigles contre; lesquelles ils s'insurgent, je veux dire : ceux qui se rapprochent le plus des modèles dont ils cherchent à s'éloigner....
C'est un fait qu'on peut constater chez bien d'autres vers-libristes, ce qui prouve qu'on dâpense^, parfois, du talent mal à propos. Je me hâte d'ajouter que Mademoiselle Kceiberlé dépende le plus souvent le sien fort à propos, — surtout lorsqu'elle célèbre si bellement les beautés pittoresques des sites alsaciens.
— Un usage de galanterie, ou même de simple courtoisie, veut que, dans la vie, « on fasse toujours honneur aux dames >. Cet usage est, du reste, un devoir agréable, que tous les hommes accomplissent avec plaisir.. Si j'ai le tort de ne pas m'y être conformé, et de terminer ma causerie par ce qui aurait, peut-êb'e, dû la cx>mmeincer, vous me le pardonnerez, en songeant qu'un autre usage recommande de garder « pour la bonne bouche > ce qu'on a de meilleur à offrir. En prenant congé de vous sur l'évocation de cette gracieuse représentante du beau sexe en poésie, je vous aurai, du moins, laissés sous l'impression de ce qui a le plus manojué à mon modeste exposé : le charme que la femme sait mettre dans tout ce qu'elle fait.
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