ABRAHAM GAGNEBIN L'AINÉ DE LA FERRIÈRE
sur les rochers de ce site curieux; nous nous sommes demandé souvent si Jean-Jacques n'y aurait pas aussi apposé la sienne, car nous sommes convaincu, pour notre part, que Gagnebin aura conduit Rousseau^
^ On sait que ce voyage en Corse ne 8*est pas accompli.
qu'une escalade un peu ardue n'intimidait pas,* à la station du cynoglossum montanum;^ mais il y en a tant de ces noms, que là aussi on n'a jamais tout vu.
Nulle part donc, dans les écrits de Rousseau, ou dans ceux de ses amis, on ne trouve la mention expresse qu'il ait effectué une ou plusieurs courses au Creux du Van, mais il nous semble que les rapprochements que nous venons de faire et les indices que nous avons rassemblés en fournissent une preuve suffisante.
Mais alors, comment se peut-il qu'un site pareil ne lui ait jamais inspiré une ligne? Fritz Berthoud croit en deviner la raison dans une manière de voir et de sentir la nature différente de la nôtre. Il résume sa proposition comme suit : a: Le cirque immense du Creux du Van, le roc du Chasseron nous attirent, nous retiennent, ils ont laissé Jean-Jacques froid et indifférent ; ils ont été muets pour lui et sans doute il leur préférait beaucoup les vertes pelouses du vallon et les bords fleuris des rivières. »
Eh bien ! ce n'est pas encore cela, nous l'avons vu, Rousseau est vexé de l'insensibilité que Zinzendorf manifeste en face du Creux du Van, il veut qu'on soit en extase devant ce site. Nous voilà donc, semble-t-il, plus que jamais embarrassés de trouver une explica-
^ D'Escherny. Loc. cit. : « Ce furent Rousseau et moi qui les premiers atteignîmes le sommet de Chasseron. M. DuPeyrou qui était excédé, rendu, lorsqu'il nous aperçut sautant et cabriolant, s'étendit à terre. »
s L'une des plantes rares et intéressantes du Creux du Van localisée au pied des grandes parois et surtout à la Roche aux Noms.
lion à son silence. Hélas! elle nous paraît néanmoins toute simple. Quand le pauvre Jean-Jacques a retracé cette période de sa vie, sa mélancolie s'était accentuée, la tristesse, la maladie, le découragement, Tidée fixe des persécutions dont il se croyait assailli, le portaient à s'appesantir sur le souvenir des jours sombres qu'il avait traversés, tandis qu'il oubliait ceux qui avaient été un rayon de soleil dans son existence.