‹ Jean-Jacques Rousseau dans la vallée de MontmorencyChapitre 1 sur 30 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

La campagne de Westplialie, après celle de Minorque, eut de singulières répercussions dans la vallée de Montmorency. Elle y fut l'occasion des querelles qui agitèrent, en 1757, l'Ermitage, la Chevrette et Eaubonne ; querelles fameuses, presque autant que la guerre à travers laquelle elles se poursuivirent. Les simples lettrés y reviennent plus souvent, parce qu'elles troublèrent le monde éloquent des philosophes, et mirent en action deux plumes surtout, l'une séduisante, l'autre inimitable : les Mémoires de Mme d'Epinay, les Confessions de J.-J. Rousseau sont dans toutes les bibliothèques. Les deux adversaires conservent des amis fervents, et même, chose étonnante après leur brouille irrémédiable et les blessures qu'ils se sont faites, des amis communs.

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Les admirations et les curiosités n'ont jamais cessé, .l'ai entendu raconter à Mme Michelet que son mari, au temps de leurs fiançailles, l'avait menée faire ce qu'il appelait des << stations '• , dans les villages des environs de Paris illustrés par le séjour de grands hommes, et que le but de leur première course a^ait été Eaubonne et Montmorency. Certaines pages des Confessions sont relues dans le canton avec délices : celles surtout qui touchent les promenades de Jean-Jacques et de Mme d'Houdetot à travers ' un pays enchanté ", et la nuit baignée de lune où, l'ayant laissé lui parler trop longuement de son amour, elle faillit s'y abandonner. Le dernier historien de Mme d'Houdetot écrivait, après une visite à ces lieux, en 11)01 : " Je restai là longtemps; mon âme et mon regard interrogeaient tour à tour l'eau, les fleurs, la verdure, la brise, et je m'anéantissais avec délices dans ces amours incandescentes et dans cette nature harmonieuse. >' Il est arrivé qu'on traite avec une gravité quasi officielle un épisode, un simple détail de la vie de l'ermite : il y, a quelques années, un >< rousseauiste « saisit le conseil municipal de Margency de l'identification du Mont-Olympe, le lieu ordinaire des

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rendez- vous de Mme d'Houtetot et de son ami. L'assemblée inscrivit la ([uestion à son ordre du jour, et, sans l'éclairer d'ailleurs, en délibéra. Le temps de la popularité et des grands honneurs, aujourd'hui même, renaît. Pour magnifier la mémoire du philosophe qui gît dans le dédale obscur des souterrains du Panthéon, et sans se contenter de la statue voisine et de l'effigie du fronton, on va lui élever un tombeau au grand jour de la nef; des statues nouvelles se dressent à Montmorency, à Ermenonville, à ChambéiT, peut-être ailleurs. C'est tout l'enthousiasme de la Révolution, ressuscité par le zèle concurrent des politiques, des philosophes, des aliénistes, des érudits, des curieux d'énigmes en tout genre .

Les commentateurs se remettent ardemment au travail. Je voudrais les imiter et prendre place parmi eux, confiant en mon effort pour faire rendre un supplément de récolte au champ que je me suis fixé. Historien de la vallée de Montmorency, et ne m'en éloignant guère, j'ai sous les yeux les sites que d'autres ont décrits de loin, et la trace, parfois inexplorée encore, des hommes et des événements du passé. Mon avantage en ces recherches et, si j'ose dire,

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mon origiualité, c'est de m'y être préparé par des promenades, les Confessions à la main, c'est d'être « du pavs >> .

En écrivant jadis le Cliâteau de la Chevrette et Mme d'Epinay^ j'en avais à peu près écarté l'hôte et l'ami le plus illustre : j'avais craint, soit de lui donner un rôle insuffisant, ou d'en être encombré, comme il est arrivé à la châtelaine vers la fin de ses Mémoires . On me l'a reproché; d'autres se fussent sans doute plus habilement tirés de l'alternative. Je consacre aujourd'hui à Jean -Jacques un volnme, où je le rétablis dans la place qu'il mérite, parmi la société de Mme d'Epinay et de célèbres entonrs.

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