‹ Jean-Jacques RousseauChapitre 3 sur 64 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

LE ROMANESQUE

Jean-Jacques Rousseau a été longtemps un irrégulier dans les cadres de la société de son temps : on pourrait même dire un déclassé, par la faute de son père d'abord, par la sienne ensuite, lors de ses romanesques et capricieuses déterminations d'adolescence. Car ses ascendants étaient de bonne bourgeoisie moyenne, au lieu qu'il fut d'abord destiné à un métier manuel, puis dut endosser la livrée de laquais et vécut de longues années dans une situation ambiguë, celle de protégé ou même de sigisbée d'une femme à peu près déclassée elle-même. Devenu précepteur dans une famille considérable, sans savoir garder la dignité de ce rôle, puis cherchant fortune à Paris et réduit, pour vivre, aux expédients, aux besognes acceptées de toutes mains, il glisse à la vie de la bohème artiste, se fait le parasite ou le complaisant de financiers récemment enrichis et de femmes sans mœurs. C'est de cette situation précaire qu'un premier effort de son génie, servi par un caprice delà mode, vient le dégager soudain. Mis dès lors en mesure de penser et

d'écrire sans souci trop pressant du lendemain, il s'élève, en quelque dix ans, à une renommée sans égale qui ne lui apporte pas le bonheur. — Nous devons envisager avant tout le point de départ de cette existence singulière, examiner en particulier les influences héréditaires et l'éducation qui en ont préparé les éclatantes réussites ainsi que les regrettables erreurs.

Page 1