‹ Jean-Jacques RousseauChapitre 4 sur 64 · ORIGINES ET FORMATION INTELLECTUELLE · texte numérisé non relu

ORIGINES ET FORMATION INTELLECTUELLE

Les excellents travaux de M. Eugène Ritter, — qui remontent à un quart de siècle environ mais qu'il a complétés plus récemment par de précieuses additions, — nous apportent d'amples renseignements sur les ancêtres de Jean- Jacques. La moitié environ de son ascendance lointaine se compose de protestants français réfugiés dans la cité de Calvin : le reste a été fourni par les paysans de la banlieue de Genève. Didier Rousseau, son quartaïeul, d'abord libraire à Mont- Ihéry, quitte sa ville natale et sa patrie en 1549, pour s'établir marchand de vin à Genève et en être reçu bourgeois six ans plus tard, ce qui assurait à ses descendants nés dans la cité calviniste le titre de citoyens. Son trisaïeul et son bisaïeul Rousseau n'eurent rien de saillant dans le caractère. Son grand-père paternel, David Rousseau, mourut presque centenaire lorsque lui-même avait déjà vingt-six ans ; et pourtant il n'a mentionné ni dans ses Confessions, ni ailleurs l'existence de cet aïeul qui avait accru la situation sociale de la famille ; on conserve son portrait, orné d'une majestueuse perruque à la mode du dix-septième siècle finissant ; c'était en effet un personnage d'une certaine importance par sa fortune et par ses relations.

La famille maternelle de Jean-Jacques, les Bernard, étaient originaires d'Arare, village situé au pied du Salève. Son bisaïeul de ce côté, SamuelBernard,.néen 1597, devint commis d'un riche marchand de la cité, épousa la fille de son patron et prit rang de la sorte dans la plus haute bourgeoisie genevoise, pour employer les propres termes de M. Ritter. Il était riche en effet de plus de trente mille florins, fortune très notable pour l'époque et possédait une ample bibliothèque où figuraient entre autres romans VAmadis et VAstrée ; ces hvres passèrent à son fils aîné, le pasteur Bernard, puis à la nièce de ce dernier, Suzanne, qui fut la mère de Jean- Jacques. On verra combien cette circonstance influa sur la destinée de l'enfant.

Samuel Bernard mourut jeune encore laissant, outre le fils ecclésiastique dont nous venons de parler, un garçon de trois ans qui fut sans doute élevé avec quelque négligence et mourut à trente-trois ans après une vie peu édifiante que remplirent de capricieuses amours. Ce Jacques Bernard, grand-père maternel de Jean- Jacques, intéressera particulièrement les observateurs qui pensent avec nous que les fils tiennent souvent de leurs mères, comme les filles de leur père, par une loi d'hérédité croisée, et que, en conséquence, un garçon a quelques chances de rappeler son aïeul maternel. Deux intrigues illicites de cet aïeul trop léger ont laissé trace dans les archives judiciaires de sa petite patrie : il épousa une troisième jeune fille également séduite par lui avant le mariage : un « fornicateur » en disaient volontiers ses préposés ecclésiastiques ou laïques, un Saint-Preux avant la lettre, sans nul doute, mais non dénué de séduction car sa femme paraît l'avoir sincèrement aimé pendant les courtes années de leur vie commune.

LE ROMANESQUE

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