DISCOURS
SUR lp:s sciences et les arts
« Dccipiinur specie recti. »
Hor., (te An. poct., v, 25 .
Le rétablissement des sciences et des arts a-t-il contribué à épurer ou à corrompre les mœurs? Voilà ce qu'il s'agit d'examiner. Quel parti dois-je prendre dans cette question? Celui, messieurs, qui convient à un honnête homme qui ne sait rien, et qui ne s'en estime pas moins.
11 sera ditficile, je le sens, d'approprier ce que j'ai à dire au tribunal où je comparais. Comment oser blâmer les sciences devant une des plus savantes compasjnies de l'Europe, louer l'itînorance dans une célèbre Académie, et concilier le mépris pour l'étude avec le respect pour les vrais savants? J'ai vu ces contrariétés, et elles ne m'ont point rebuté. Ce n'est point la science que je maltraite, me suis-je dit, c'est la vertu que je défends devant des hommes vertueux. La probité est encore plus chère aux gens de bien que l'érudition aux doctes. Qa'ai-ie donc à redouter? Les lumières de l'assemblée qui r^i'écoute? Je l'avoue ; mais c'est pour la constitution du discours et no.i pour le sentiment de l'orateur. Les souverains équitables n'ont jamais balar.cé à se condamne eux-mêmes dans les discussions douteuses ; et la position la plus avantageuse au bon droit est d'avoir à se défendre contre une partie intègre et éclairée, juge en sa propre cause.
A ce motif qui m'encourage, il s'en joint un autre qui me déter-
mine : c'est qu'après iivoir soutenu, selon ni:i lumière naturelle, le parti de la vérité, quel que soit mon succès, il est un prix qui ne peut me manquer : je le trouverai dans le fond de mon cœur.