‹ Jean-Jacques RousseauChapitre 60 sur 70 · PROFESSION DE FOI DU VICAIRE SAVOYARD · texte numérisé non relu

PROFESSION DE FOI DU VICAIRE SAVOYARD

d'un principe supérieur à la matière passive; il nous induit à croire à une âme distincte du corps, immatérielle, immortelle par suite, et par qui la Providence se trouve justifiée.

Ces articles de foi établis, le vicaire cherche à en déduire des règles de conduite. A l'en croire, il y a au fond des âmes un principe inné de justice et de vertu : la conscience « instinct divin, immor'.elle et céleste voix »; il ne pense pas que les principes de la morale soient si fragiles, si sujets à varier au gré des temps et des pays que le veut Montaigne; et il conclut que toute la moralité de nos actions est dans le jugement que nous en portons nous-mème : il proclame l'infaillibilité du cœur. Infaillibilité discutable, mais c'est ici la pièce maîtresse de la Profession, ici que Rousseau a répandu toute son âme en des pages singulièrement émues et dont l'éloquence s'adoucit d'une espèce de suavité mystique.

Le vicaire a exposé la religion naturelle : il lui paraît étrange qu'il en faille une autre, qu'on puiss-e pratiquer d'autre culte que celui du cœur, que la voix des hommes vienne s'ajouter à celle de la conscience. Et il argumente contre les oracles, les prophéties, les révélations; il rejette avec vigueur les témoignages qui s'interposent entre Dieu et lui; on croirait entendre Bayle ou Voltaire, si tel magnifique hommage rendu à la sainteté de l'Evangile, et surtout la gravité soutenue de l'accent, n'attestait, dans l'homme profondément religieux que fut Rousseau, une inspiration chrétienne.

Page 1