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Cette Profession de foi marque la | rincipale elape de la piensée religieuse de son auteur. Revoyons-les, ces étapes du ne âme sans cesse vivante et mouvante, mais peut-être non point changeante. Né dans la cité de Calvin, d'ancêtres huguenots assez attachés à leur croyance pour préférer l'exil à. l'abjuration, élevé pendant quelque temps dans la maison d'un pasteur, Rousseau reçoit d'abord l'empreinte du protestantisme. Mais à peine a-t-il seize ans qu'il s'échappe de Genève : sur son came flexible d'adolescent de nouvelles influences s'ajoutent aux influences primitives. Recueilli j^ar un curé très militant, puis par une nouvelle catholique, il entre à l'hospice du Saint-Esprit de Turin, y abjure le calvinisme, y reçoit le baptême; c'est ensuite le séjour d'Annecy avec le séminaire et la maison toujours gaie et chantante de la maîtrise. Quelles sont alors ses di.spositions intérieures? Il est difficile de le dire avec précision, mais il est certain que pour un temps assez long il est catholique, il croit aux miracles et, à l'occasion, les certifiera par écrit. Il a peur de l'enfer et, en 17j7, comme un accident lui fait supposer sa fin prochaine, il se recommande dans un testament à ses patrons saint Jean et saint Jacques, et lègue de l'argent ;uix couvents afin qu'on célèbre des nusses pour le repos de son âme; longtemps il assiste aux otfices avec exactitude, avec complaisince; on peut voir encore aux Charmettes un oratoire où plus d'une fois, auprès de Mme de Warens, il dut se recueillir et prier. A
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Turin, à Annecy, à Chambéry, il est en relation constante avec des ecclésiastiques : l'abbé Gainie, qu'il connaît chez Mme de Vercellis, lui inspire une vénération telle qu'il donnera à son vicaire quelques-uns de ses traits; les Jésuites, les Dominicains, les Cordeliers prennent sur lui le, plus grand empire; les Jansénistes, dont il lit les ouvrages, le plongent dans la terreur. Mais plus que tout autre s'exerce sur lui l'ascendant de Mme de Warens : que ne peut sur une telle âme une autorité qui s'arme de caresses et de bonté? Le catholicisme de son amie, qui n'est rien moins qu'orthodoxe, finit peu à peu par pénétrer le sien. Or Mme de Warens, autant qu'on en peut juger, y rejette le péché originel, la prédestination, l'enfer : elle fait consister l'essentiel de la religion dans l'amour de Dieu en qui elle ne veut voir que clémence et miséricorde, et demeure dans une grande indifférence par rapport aux actes. On a pu constater sur elle l'influence de la théologie piétiste allemande (1) : il est fort possible aussi que le mysticisme de Mme Quyon ne lui ait pas été étranger. Toujours est-il que Rousseau fit son profit des maximes qu'elle lui exposa dans le plus affectueux abandon et dont il avait besoin pour se gaiantir des terreurs de la mort. Par la suite, nous l'avons retrouvé à Paris dans la compagnie de Qrimm, de Diderot, du baron d'Holbach;. sans doute, en cette société achève-t-il de désapprendre son cathéchisme et de perdre les habitudes pratiquantes, longtemps conservées, qui avaient étonné Mme de Larnage sur le chemin de Montpellier; sans doute aussi prend-il une teinte de rationalisme qu'a contribué à lui donner déjà la lecture de Descartes, de Locke, de Leibnitz dans la solitude des Charmettes : mais c'est moins par analogie que par contraste que les philosophes ont agi sur ses idées religieuses. II prend contre les incrédules la défense de Dieu; il ne cesse d'en proclamer l'existence dans ks écrits retrouvés de nos jours: les Institutions chimiques, la Parabole, l'Allégorie, - et si, dans un dîner où il est convié, ses amis renouvellent leurs négi-
(i) tiigciic KrrTEH, Magny et le Piétisnic Uoniûiid. Lausanne, G. Bridel, 1891.