CHAPITRE XVII
CRITIQUE DU TRADITIONALISME RELIGIEUX DES RÉVÉLATIONS, DES PROPHÉTIES ET DES MIRACLES
A son éloquent catéchisme de la religion naturelle, Rousseau joint une vigoureuse censure des errements qu'a perpétués parmi les hommes le régime théocratique.
D'abord, il ne comprend pas que ce soit la naissance, et non la raison, qui décide de nos croyances religieuses. On élève l'enfant dans la religion de son père : on lui répète sans cesse qu'elle est la seule véritable ; on lui persuade que toutes les autres ne sont qu'extravagance et absurdité. Ainsi, selon qu'il est né en Turquie ou en France, c'est le christianisme ou le mahométisme qu'il
apprend à mépriser comme n'ayant pas le sens commmi. De plus, par suite des superstitions accréditées, on habitue l'enfant à se tracer de la divinité des images difformes qu'il gardera toute sa yie. N'est-ce pas un grand mal que d'aA^oir de Dieu des idées basses, fantastiques, injurieuses, indignes de lui? Mieux vaudrait le méconnaître que l'outrager ainsi.
Qu'est-ce qui serait donc le plus convenable.^ De n'agréger l'enfant ni à telle secte, ni à telle autre ; mais de le mettre en état de choisir celle où le meilleur usage de sa raison doit le conduire.
Appelé à adopter une religion au moment où il en est réellement capable, l'élève de Rousseau choisira-t-il une des mille religions positives qui se disputent la crédulité des hommes ?
S'il demande quelle est la bonne, chaque peuple répondra : c'est la mienne et uniquement la mienne. — Mais comment le savezvous.^ — Parce que Dieu l'a dit. — Et qui vous dit que Dieu Fa dit.^^ — Nos prêtres.