CRITIQUE DU TRADITIONALISME RELIGIEUX. I
qui le savent bien. — Mais si Dieu a parlé aux hommes, pourquoi donc n'en ai-je rien entendu ? — Il a chargé d'autres hommes de A^ous transmettre sa parole. — Eh ! qu'est-ce qui me garantit leur véracité .^^ — Des prodiges qui manifestent leur mission. — Où sont-ils révélés, ces prodiges.^ — Dans des livres. — Et qui a fait ces livres .^^ — Des hommes. — Qui a vu ces prodiges? — Des hommes qui les attestent. — Quoi! toujours des témoignages humains? Que d'hommes entre Dieu et moi ! N'ai-je pas lieu de soupçonner que, du moment où les peuples s'avisaient de faire parler et agir la divinité, chacun d'eux l'a façonnée à sa mode et lui a attribué ce qu'il a voulu ? Ne dois-je pas chercher si tout cela n'est point pure illusion ou pure imposture ? — Ne cherchez pas ; soumettez votre raison. — Mais c'est là ce que me dirait celui qui me tromperait. Il me faut des raisons pour soumettre ma raison.
N'est-il donc pas évident que, s'il existait une religion prescrite par Dieu à tous les hommes sous peine de damnation, Dieu lui aurait donné des signes certains pour être
reconnue comme la seule véritable, signes de tous les temps et de tous les lieux, également manifestés à tous les hommes, grands et petits, savants et ignorants, Européens et Asiatiques ?
Actuellement, comment faire un choix parmi tant de religions qui se proscrivent et s'excluent mutuellement? Pour trouver la bonne, si tant] est qu'une le soit, nous voilà forcés de les comparer toutes, car on ne doit pas condamner sans entendre. Nous avons à confronter les objections avec les preuves; à examiner ce que chacun oppose aux autres, et ce qu'il leur répond. Quel travail ! Adieu les métiers, les arts, les sciences ; il ne pourra plus y avoir d'autre étude que celle des religions. Sera-ce assez de toute la vie pour les approfondir et les comparer ? Comment feront l'artisan qui ne vit que de son labeur, le laboureur qui ne sait pas lire? Ils croiront, dites-vous, sur l'autorité d'autrui. Mais alors, vous subordonnez tout à l'autorité. Que si le fils d'un chrétien fait bien de suivre, sans l'avoir mûrement examinée et confrontée avec d'autres, la religion de son père, pour-