‹ Jean Jacques Rousseau (volume 2)Chapitre 38 sur 81 · CRITIQUE DES PROPHÉTIES ET DES MIRACLES · texte numérisé non relu

CRITIQUE DES PROPHÉTIES ET DES MIRACLES

génie des langues orientales pour y distinguer ce qui est prédiction et ce qui n'est que figure oratoire ?

Saura-t-il assez bien manier le calcul des probabilités pour décider quelles prédictions ne peuvent s'accomplir sans miracles ?

Pour qu'une prophétie eût de l'autorité à ses yeux, ne faudrait-il pas qu'il eût été témoin de la prophétie, qu'il fût témoin de l'événement, et qu'il lui fût démontré que cet événement n'a pu cadrer fortuitement avec la prophétie ?

Combien abondent en de telles matières le pour et le contre! En Sorbonne, il est clair comme le jour que les prédictions du Messie se rapportent à Jésus-Christ; chez les rabbins d'Amsterdam, il est tout aussi clair qu'elles n'y ont pas le moindre rapport.

Quant aux miracles, pour en juger, ne faudrait-il pas exactement savoir quels faits sont dans F ordre de la nature et quels autres n'y sont pas!

Il s'agit de choses extraordinaires. Mais qui nie qu'il s'accomplisse des choses extraordinaires? Les progrès de la science

nous font découvrir des merveilles propres à faire mettre en adoration plusieurs peuples qui les verraient. Jadis, les prophètes faisaient descendre à leur voix le feu du ciel ; aujourd'hui, les enfants en font autant avec un petit morceau de verre. Avec l'aimant et le baromètre, quels prodiges n'opère-t-on pas chez les ignorants! Quels miracles que ceux de l'électricité! Quels envoyés de Dieu ou quels sorciers que deux hommes qui, assis l'un dans un coin de Paris, l'autre dans un coin de Pétersbourg, devant un appareil où se dessinent certaines images, échangent instantanément leurs pensées ! Peut-on tracer des limites à l'industrie [humaine.^ Où ne peut aller l'art de guérir? Les prêtres égyptiens alléguaient les éclipses, qu'ils étaient seuls à prévoir, pour courber le peuple sous leur autorité. Qui ne voit que le téléphone, la télégraphie sans fil, les aéroplanes, auraient pu paraître également des prodiges, si des prêtres astucieux avaient pris la place de nos savants sincères ?

C'est grande hardiesse de prononcer qu'un certain acte est un miracle ; car c'est déclarer

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