ÉPURATION DU CHRISTIANISME
en esprit et en vérité, et dont les prosélytes établiront une forme de culte aussi simple que leur croyance, apparaît à Rousseau comme un retour au vrai christianisme.
Le christianisme, selon lui, a été défiguré à partir de saint Paul, dont certains passages outrés ou mal entendus ont fait bien des fanatiques.
Ce qui charme dans le caractère du sage hébreu, Jésus, bien supérieur au sage grec, Socrate, ce n'est pas seulement la douceur des mœurs, la simplicité, mais la facilité, la grâce et même Félégance. «Jésus ne fuyait ni les plaisirs, ni les fêtes; il allait aux noces; il voyait les femmes; il jouait avec les enfants ; il aimait les parfums ; il mangeait chez les financiers. Ses disciples ne jeûnaient point ; son austérité n'était point fâcheusCo II était à la fois indulgent et juste, doux aux faibles et terrible aux méchants. Sa morale avait quelque chose d'attrayant, de caressant, de tendre. Il avait le cœur sensible; il était homme de bonne société.
Quand il n'eût pas été le plus sage des mortels, il en eût été le plus aimable. »
Fabre. — J.-J. Rousseau. lo
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Si Jésus reparaissait, ne réprouverait-il pas toute intolérance et toute superstition? Lui qui promettait le royaume des cieux aux simples, ne s'indignerait-il pas de toutes les subtilités dont on a compliqué sa doctrine? N'est-ce pas parmi les adeptes de la religion naturelle qu'il reconnaîtrait les siens?
D'après ce développement sommaire des conceptions maîtresses de Rousseau, on peut juger combien ses vues morales et religieuses sont autrement fortes et élevées que ne l'ont dit la plupart de ses commentateurs.
L'œuvre de Rousseau était hardie. Aussi déclare-t-il qu'en d'autres temps il se serait fait un scrupule de troubler les âmes.
Mais, quand tout est ébranlé, quand les consciences agitées, incertaines, endormies, ont besoin d'être raffermies et réveillées, il faut achever d arracher les piliers flottants auxquels elles pensent tenir encore et les rétablir sur la base des vérités éternelles.
Rousseau montre la religion partout discréditée et la paix régnant entre les différentes Églises uniquement parce que nul ne
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se soucie plus de la sienne. Impossible d'ôter les mauvaises branches sans abattre Tarbre. Pour le replanter, on doit n'y laisser que le tronc. Ce tronc, c'est l'amour de Dieu et du prochain, c'est le respect du devoir et des lois, essence de toute bonne religion.
Ce qui, au milieu du xviii® siècle, était une vérité sentie par un petit nombre d'hommes est, au commencement du XX® siècle, une vérité sentie par le grand nombre des libres croyants.