‹ Jean Jacques Rousseau (volume 2)Chapitre 45 sur 81 · LA RENOMMÉE DE ROUSSEAU A L'ÉTRANGER · texte numérisé non relu

LA RENOMMÉE DE ROUSSEAU A L'ÉTRANGER

C'est de V Emile que date la grande renommée de Rousseau dans le monde européen. Il apparaissait comme un oracle que de tous les points on consultait.

De nos jours encore, cette influence se manifeste. Tolstoï, qui a hérité du théisme de Rousseau, de son évangélisme, de sa haine pour les progrès corrupteurs de la civilisation et pour l'exploitation de l'hommepar l'homme, se déclarait hautement le disciple de Rousseau et a élevé ses neuf enfants selon les principes de Y Emile. Jamais il n'a cessé de professer pour Rousseau un culte enthousiaste, et, dès l'âge de quinze ans, il portait au cou un médaillon avec son portrait.

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Que d'autres grands hommes n*y auraitt-il pas à citer, en Italie, en Suisse, en Angleterre, en Amérique, épris de Fœuvre et des idées de Rousseau !

Bornons-nous à l'Allemagne .

Pour Kant, comme pour Tolstoï, la lecture de Rousseau fut un coup de foudre qui, en 1760 (il avait alors trente-six ans), changea le courant de ses idées. Il se fit une véritable révolution dans sa conception de la vie et de l'humanité. A l'entendre, Rousseau, qu'il ne cessait de relire, avait découvert la nature humaine.

On remplirait plusieurs pages des éloges que Kant a faits de telle ou telle partie de l'œuvre de Rousseau. Je me contenterai de signaler son opinion sur la Profession de foi du vicaire savoyard, (( Elle contient, déclaret-il, tout ce qu'il suffit de dire pour démasquer le faux christianisme ; et c'est pourquoi on trouve plus commode de l'ignorer que de la réfuter. »

Une seule chose put faire renoncer Kant à sa promenade habituelle ; ce fut la lecture de YEmile. Il n'avait qu'un seul portrait dans

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sa chambre : c'était le portrait de Rousseau.

Faut-il citer Schiller saluant l'œuvre régénératrice du maître des éducateurs et disant : (( Des chrétiens Rousseau fait des hommes... y)'^

EtGœthe, Herder, Schleiermacher, Fichte, Jacobi, ne constatons-nous pas qu'ils furent les admirateurs, et souvent les metteurs en œuvre de tant d'idées fortes par lesquelles Rousseau éclaire ses lecteurs ^ Frappés de ses vues profondes, ils lui pardonnaient volontiers ces feux d'artifice de formules paradoxales dont souvent il nous éblouit.

Une chose curieuse, c'est de voir Byron traduire en vers immortels l'appréciation de Kant déclarant, non sans quelque hyperbole, que Rousseau unit à une merveilleuse pénétration de génie a une inspiration noble et une âme pleine de sensibilité comme cela ne s'est jamais rencontré chez un autre écrivain, en aucun temps, en aucun pays. »

L'admiration de tant de beaux génies du dehors contrasie avec les dénigrements de certains beaux esprits de France, et souligne rimpuissance des coups perfides que la

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plume fouailleuse d^un malin sophiste, appartenant à la petite équipe d^académiciens qui s'escriment au service de la contrerévolution, a essayé de porter à cette grande gloire plus solide que le granit.

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