‹ Jean Jacques Rousseau (volume 2)Chapitre 46 sur 81 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

LE (( CONTRAT SOCIAL

A côté de VEmile fut imprimé le Contrat social, qui d^ailleurs est résumé dans VEmile, tout comme VEmile était esquissé dans la Nouvelle Héloïse,

Emile est le livre de Fhomme ; le Contrat social est le livre du citoyen.

De même que VEmile complétait la Lettre sur les spectacles , le Contrat social complète et souvent corrige le Discours sur Vinégalité des conditions.

Dans le Contrat social Rousseau, développant les principes du grand ouvrage qu'il avait conçu sur les Institutions politiques, étudie Forigine, Fessence et Fexercice de la souveraineté. Il s'inspire, en même temps que de Locke et de Sidney, d'autres publi-

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cistes protestants tels que Languet et le jurisconsulte Althusen dont la Politique, publiée en i6o3, subordonnait toute autorité à la volonté du peuple. Il s'inspire aussi des règlements de la Confédération helvétique, des traditions calvinistes, de la constitution de Genève, et plus spécialement de Fancienne charte de Févêque Adhémard Fabri, où était affirmé, dès iSSy, le caractère inaliénable de la souveraineté populaire, et qui, aux yeux de Rousseau, devrait être aussi respectable pour les Genevois que Fest la Grande Charte pour les Anglais.

Son but est non de traiter, comme Montesquieu, du droit positif des gouvernements établis, mais de rechercher quels sont les fondements du droit naturel dans Fordre politique. Il veut montrer quelle serait la Constitution idéale, et déterminer ainsi une règle supérieure servant à juger et à perfectionner les lois politiques de chaque nation.

Qu'est-ce qui fait FEtat.^^ L'union de ses membres. D'où naît cette union De l'obligation qui les lie. Mais d'où vient cette obli-

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gation ? Elle ne saurait venir de la force ; car la force n'est pas le droit. La force n'oblige point; ou, ce qui revient au même, elle n'oblige qu'autant qu'il est impossible de lui résister et de l'abattre par une force supérieure. L'obligation qui lie les citoyens ne dérive pas non plus d'un certain droit divin fondé sur ce principe que toute puissance vient de Dieu; car il est également vrai que toute maladie vient de Dieu, et il ne s'ensuit pas que ce soit un crime d'appeler le médecin. L'obligation civile ne dérive pas non plus de l'autorité paternelle; car celle-ci, n'ayant pas d'autre raison d'être que les besoins de l'enfant, cesse dès que l'enfant peut se suffire et juger par lui-même. Elle ne dérive pas enfin d'un prétendu droit d'esclavage ; car nul ne peut légitimement s'aliéner à autrui, abdiquer sa personnalité, sacrifier son titre d'être moral, renoncer à sa qualité d'homme. Reste de reconnaître que l'obligation fondamentale, qui lie les membres du corps politique et le constitue, repose sur une convention, expresse ou tacite, de tous les individus dont est composé le peuple.

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Est-il obligation plus forte que cette obligation qui résulte du libre engagement de chacun? Non, sans doute, pourvu toutefois que le libre engagement de chacun n'ait rien I de contraire aux lois naturelles, ail n est pas plus permis, dit Rousseau, d enfreindre les lois naturelles par le contrat social, quil nest permis d' enfreindre les lois positives par les contrats des particuliers ; et ce nest que par ces lois mêmes qu existe la liberté qui donne force à rengagement, » On n'a pas assez remarqué cette restriction consignée par Rousseau dans ses Lettres écrites de la Montagne ; et lui-même ne s'en est pas toujours assez bien souvenu.

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