‹ Jean Jacques Rousseau (volume 2)Chapitre 71 sur 81 · VOLTAIRE ET ROUSSEAU · texte numérisé non relu

VOLTAIRE ET ROUSSEAU

correctif aux fumeuses déclamations de Rousseau. Voltaire apprend aux démocrates à être libéraux; Rousseau apprend aux libéraux à être démocrates.

Ne nous étonnons pas si les admirateurs de la théocratie et de la féodalité, tels que Joseph de Maistre et Auguste Comte, ont jeté la pierre à ces deux philosophes. Dans les cénacles de la contre-révolution, Voltaire et Rousseau sont d'autant plus maudits qu'ils méritent davantage d'être bénis.

Eh! oui, ces grands hommes furent des hommes. L'un a multiplié les polissonneries; l'autre les vilenies. L'un a eu tous les dédains de l'aristocrate ; l'autre, toutes les haines du démocrate. L'un s'est fait un jeu des bassesses du courtisan; l'autre s'est fait un rôle des impertinences du misanthrope. Mais la splendeur des bienfaits cache les défauts, comme l'éclat du soleil ses taches.

Chez Voltaire, la sève gauloise; chez Rousseau, la sève républicaine. L'ancêtre de Rousseau est La Boétie ; l'ancêtre de Voltaire est Rabelais. Ici éclate le rire du bon sens; là gronde la plainte de la conscience.

Fabrb. — J.^J, Rousseau. i5

Puis, la tâche est différente. Il y avait deux puissances à renA^erser : le despotisme sacerdotal et le despotisme dynastique. Il fallait ménager l'un pour frapper l'autre . Voltaire vise principalement la tyrannie des prêtres; Rousseau la tyrannie des rois.

Le cri de Voltaire est : Libre examen, justice, tolérance ! Le cri de Rousseau est : Liberté, égalité, fraternité! A eux deux, ils sont la Révolution.

Page 1