‹ Jean-Jacques RousseauChapitre 13 sur 146 · LA NOUVELLE HELOISE · texte numérisé non relu

LA NOUVELLE HELOISE

Du moment où il s'agit non d'abolir la civilisation, mais de l'améliorer, il y a à introduire plus de sagesse dans les créations de la pensée, dans les lois et dans les mœurs. Nous abordons la seconde partie, la partie capitale, de l'œuvre de Rousseau. A la littérature, aux mœurs, à l'Etat, tels qu'il les a vus et flétris, Rousseau est amené à opposer l'art, la morale et la politique tels qu'il les comprend.

D'abord, en 1769, l'auteur du Discours sur les sciences et les arts publie la Nouvelle Iléloïse. L'instinct de son génie lui fit commencer ce livre en un moment où son cœur troublé combattait les émotions d'un amour réel par les rêves d'un amour chimérique. Ses préoccupations de réformateur n'intervinrent

3o JEAN-JACQUKS ROI'HHRAU.

(ju après 1(; premier jet. I>e là le contraste des dernières parties, où le philosophe veut retracer le triomphe du devoir, avec les deux premières, où la passion dëhorde et est maîtresse.

«J'ai vu les mœurs de mon siècle, dit liousseau, et j'ai publié ce livre. » De fait, la Nouvelle Iléloïsc ne fut pas inutile à la société contemporaine. Elle opposa l'amour à la débauche des sens, et elle fit associer aux égarements du cœur le culte romanesque du devoir.

Force est bien de reconnaître que le roman de Rousseau est loin d'être un parfait exemplaire de cet art essentiellement moral qui semble pouvoir seul être toléré par l'auteur dti fameux discours. Mais il est juste d'y signaler une vigoureuse protestation contre les mensonges sociaux et une saisissante apologie de la vie intérieure.

En nous présentant le tableau de la trans-

\flguration produite dans une ùme féminine

vpâr les obligations d'épouse et de mère,

Rousseau écrit le poème du foyer domestique.

Les détailsj en apparence les plus prosaïques,

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de la vie d'une maîtresse de maison se revêtent d'un charme exquis. Nul, autant que Rousseau, n'a donné de la saveur aux joies innocentes que la nature met à ia portée de tous. De délicieuses peintures rendent sensible cette /' vérité que revenir aux mœurs pures et / honnêtes est le secret de la félicité.

Puis, c'est une heureuse pensée de nous montrer, à coté d'une dévote qui intéresse par son touchant amour de la vertu, un athée rendu profondément sympathique par la hauteur de son esprit, la dtoittire de sa conscience et la bonté de son cœur. Dans la croyante apparaît une religion commandant le respect aux plus sceptiques ; dans l'incrédule apparaît une philosophie imposant l'admitatîon aux plus intolérants. D'où nous devons conclure qu'au lieu de voir dans tous lés croyants des hommes sans raison et dans tous les athées des hommes sans mœtirs, il faut les juger, non par leurs opinions, mais par leurs actes.

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