‹ Jean-Jacques RousseauChapitre 21 sur 146 · ET ALLEMANDS · texte numérisé non relu

ET ALLEMANDS

Vivons pour nos enfants! Telle fut la maxime de ces grands éducateurs suisses. Chez eux, la pratique fut toujours pleinement d'accord avec la théorie. Ce mérite les distingue du trop faible Rousseau qui, en même temps qu'il donnait des règles pour l'éducation des enfants, envoyait les siens à l'hôpital.

Il y a une autre profonde diflérence. Les Pestalozzi et les Frœbel songeaient particulièrement aux enfants du peuple, tandis que Rousseau, qui d'ailleurs s'est occupé de l'éducation populaire dans ses œuvres poli-

r)fi JEAN-JACQUES ROUSSEAU.

tiques, faisait de son Kmile un gcnlillioinmo à qui un gouverneur spécial se consacrait tout entier. En cela, Rousseau suivait l'exemple de Locke, de Montaigne et de IMularqnc. Ce dernier s'explique là-dessus bien naïvement : « On pourra, dit-il, m'objccter que je délaisse l'institution des pauvres enfants du peuple et que je donne des enseignements unicpiemcnt applicables aux nobles et aux riches. A ce reproche je réponds : Il me plairait que mes instniclions pussent profiter à tous ; mais s'il y en a à qui, faute de moyens, mes préceptes ne puissent être utiles, je les prie d'en accuser la fortune, et non l'auteur de ces préceptes. Au surplus, il faut que les pauvres gens s'évertuent, et qu'ils tachent de faire nourrir leurs enfants, sinon en la meilleure discipline possible, du moins en la meilleure qui sera à leur portée. »

Les éducateurs allemands, non moins que les éducateurs suisses, n'eurent garde de délaisser aussi facilement ï institution des pauvres enfants du peuple. Ils savaient que décupler les aptitudes personnelles de chaque

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