‹ Jean-Jacques RousseauChapitre 24 sur 146 · L ÉDUCATION NATIONALE · texte numérisé non relu

L ÉDUCATION NATIONALE

abbé de la Salle, l'instruction primaire a eu pour principaux promoteurs des hommes indifférents ou hostiles à la religion dominante.

La monarcliie prodiguait les millions pour la maison du roi et refusait tout à l'école. Les hommes de la Révolution prendront en main la cause de l'instruction universelle et ne reculeront pour elle devant aucun sacrifice.

La Constituante s'occupera des moyens d'assurer à tous les enfants, sans distinction, les enseignements susceptibles de faire d'eux des hommes, et elle précisera, dans le projet de loi préparé par Talleyrand, le but essentiel des écoles primaires qui est d'enseigner à tous les enfants leurs premiers et indispensables devoirs, de les pénétrer des principes qui doivent diriger leurs actions, et d en faire, en les préservant des dangers de V ignorance, des hommes plus heureux et des citoyens plus utiles. Pour Talleyrand, en tête des programmes de l'instruction publique devait figurer la morale, (( enseignée comme une science véritable ».

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Les (iirondins et les Montagnards professeront i\ l'envi qu'il faut avoir heaucouj) (1 hornmos instruits pour avoir de bons citoyens; que la servitude et la superstition sont filles de l'ignorance ; que savoir, c'est s'affranchir ; qu'apprendre à raisonner^ c'est s'initier à la connaissance des droits do riionnme ; que l'amc^dioration des lois dépend du progrès des luniières. Danton s'écriera qu'a/>/Y^& la paix, le premier besoin du peuple c'est l'instruction, et que, pomr ensemencer le grand champ de la République, il ne faut pas marchander le prix de la semence. Et nous verrons Condorcet chargé par l'Assemblée législative de réglementer en un vaste projet l'organisation générale de l'instruction publique, qu il s'agissait de rendre accessible à tous.

L'éducation nationale impliquant l'éducation en commun, les pédagogues suisses, allemands et français, qui continuèrent Rousseau, évitaient l'espèce d'isolement dans lequel l'auteur de Y Emile tient son élève.

Sans doute l'éducation en commun, si

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l'on n'y prend garde, a ses dangers pour les mœurs ; mais elle offre ce grand avantage, comme le faisait remarquer l'abbé de Saint- Pierre, que (( les pareils s'y entre-corrigent et s'y entre-polissent les uns les autres dans leur commerce, à peu près comme les cailloux raboteux se polissent et s'arrondissent dans la mer par le frottement journalier ». Il est bon que les enfants vivent avec des compagnons du même âge qui sauront ne pas les llatter. Il est bon que les diverses classes de la société soient fondues en une même famille dans les écoles, dans les gymnases, où se fera l'apprentissage de l'égalité sociale. 11 est bon que les écoliers, à la fois indépendants et responsables vis-à-vis les uns des autres, apprennent à compter sur euxmêmes et bénéficient de cette éducation mutuelle qui résulte du libre jeu et du perpétuel conflit des intelligences et des caractères.

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