‹ Jean-Jacques RousseauChapitre 38 sur 146 · ET DES MIRACLES · texte numérisé non relu

ET DES MIRACLES

A son éloquent catéchisme de la religion naturelle, Rousseau joint une vigoureuse censure des errements qu'a perpétués parmi les hommes le régime théocratique.

D'abord, il ne comprend pas que ce soit la naissance, et non la raison, qui décide de nos croyances religieuses. On élève l'enfant dans la religion de son père; on lui répète sans cesse qu'elle est la seule véritable ; on lui persuade que toutes les autres ne sont qu'extravagance et absurdité. Ainsi, selon qu'il est né en Turquie ou en France, c'est le christianisme ou le mahométisme qu'il

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apprend à mépnser comme n'ayant pas le sens commun. De plus, par suite des super- Htitions accréditées, on habitue Tenfant à se tracer de la divinité des images difl'ormes qu'il gardera toute sa vie. N'est-ce pas un grand mal que d'avoir do Dieu des idées basses, fantasti(jucs, injurieuses, indignes de lui? Mieux vaudrait le méconnaître que l'outrager ainsi.

Qu'est-ce qui serait donc le plus convenable.»^ De n'agréger l'enfant ni à telle secte, ni à telle autre ; mais de le mettre en état de choisir celle où le meilleur usage de sa raison doit le conduire.

Appelé à adopter une religion au moment oii il en est réellement capable, 1 élève de Rousseau choisira-t-il une des mille religions positives qui se disputent la crédulité des hommes ?

S'il demande quelle est la bonne, chaque peuple répondra : c'est la mienne et uniquement la mienne. — Mais comment le savezvous.^ — Parce que Dieu l'a dit. — Et qui vous dit que Dieu Ta dit.^ — Nos prêtres.

CRITIQUE DU TRADITIONALISME RELIGIEUX. i^S

qui le savent bien. — Mais si Dieu a parlé aux hommes, pourquoi donc n'en ai-je rien entendu .^^ — Il a chargé d'autres hommes de vous transmettre sa parole. — Eh î qu'est-ce qui me garantit leur véracité .^^ — Des prodiges qui manifestent leur mission. — Où sont-ils révélés, ces prodiges.»^ — Dans des livres. — Et qui a fait ces livres .^^ — Des hommes. — Qui a vu ces prodiges .^^ — Des hommes qui les attestent. — Quoi! toujours des témoignages humains.^ Que d'hommes entre Dieu et moi ! N 'ai-je pas lieu de soupçonner que, du moment où les peuples s'avisaient de faire parler et agir la divinité, chacun d'eux l'a façonnée à sa mode et lui a attribué ce qu'il a voulu? Ne dois-je pas chercher si tout cela n'est point pure illusion ou pure imposture ? — Ne cherchez pas ; soumettez votre raison. — Mais c'est là ce que me dirait celui qui me tromperait. Il me faut des raisons pour soumettre ma raison.

N'est-il donc pas évident que, s'il existait une religion prescrite par Dieu à tous les hommes sous peine de damnation, Dieu lui aurait donné des signes certains pour être

reconnue comme la seule v(*ritol)l<*, signes de tous les temps et de tous les lieux, également manifestés à tous les hommes, grands et petits, savants et ignorants, Européens et Asiatiques ?

Actuellement, comment faire un choix parmi tant de religions qui se proscrivent et s'excluent mutuellement? Pour trouver la bonne, si tant! est qu'une le soit, nous voilà forcés de les comparer toutes, car on ne doit pas condamner sans entendre. Nous avons à confronter les objections avec les preuves; à examiner ce que chacun oppose aux autres, et ce qu'il leur répond. Quel travail! Adieu les métiers, les arts, les sciences ; il ne pourra plus y avoir d'autre étude que celle des religions. Sera-ce assez de toute la vie pour les approfondir et les comparer.^ Comment feront l'artisan qui ne vit que de son labeur, le laboureur qui ne sait pas lire.^ Ils croiront, dites-vous, sur l'autorité d'aulrui. Mais alors, vous subordonnez tout à l'autorité. Que si le fils d'un chrétien fait bien de suivre, sans l'avoir mûrement examinée et confrontée avec d'autres, la religion de son père, pour-

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