‹ Jean-Jacques RousseauChapitre 37 sur 146 · LA RELIGION NATURELLE CHEZ ROUSSEAU · texte numérisé non relu

LA RELIGION NATURELLE CHEZ ROUSSEAU

incertitudes qui touchent aux intérêts vitaux de l'humanité.

Kant devait déclarer que, là-dessus, la droite voie lui avait été ouverte par Rousseau, et qu'il avait appris de lui à être moins ébloui par les subtilités do la spéculation, plus sympathique aux naïfs instincts du peuple.

Ne s'inspire-t-il pas de l'auteur de l'Emile quand il dit qu'il se jugerait moins utile qu'un artisan vulgaire si ses méditations ne contribuaient pas de près pu de loin à l'établissement des droits de l'homme ? Ne reconnaissons-nous pas un écho de Rousseau dans ces paroles d'un des derniers chapitres de la Critique de la raison pure : « Youdriez-vous qu'une connaissance qui importe à tous les hommes fût au-dessus du sens commun et ne se révélât qu'à vous, philosophes.^ H n'en va pas ainsi. La nature, en ce qui concerne l'intérêt de tous les hommes sans distinction, n'est coupable d'aucune partialité dans la répartition de ses dons; et, du moment qu'il s'agit des fins essentielles de l'humanité, la plus haute philosophie ne saurait

VOUS conduire plus loin que la |)orl<5e dos intelligences les plus ordinaires, o

Ajoutons que Flousseau, dans sa Correspondance, devance les antinomies de Kant, oppose les possibilités aux possibilités, montre la raison flottante, et déclare que théoriquement ni le pour ni le contre ne lui paraissent démontrés.

Descartes avait adressé à la raison les hommes courbés devant l'autorité ; Rousseau adjure la société raisonneuse qui l'environne de consulter le cœur dans le silence des passions. Descartes avait fait prédominer le point de vue purement intellectuel; Rousseau fait prédominer le point de vue moral. Descartes en avait appelé à l'idée; Rousseau en appelle au sentiment. Kant, logicien et moraliste, unira aux tendances spéculatives de Descartes les tendances pratiques de Rousseau. D'une part, il fera la critique de la raison; d'autre part, il expliquera, ce qu'indiquait Pascal, comment le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas.

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