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LES ASSOCIATIONS FÉDÉRALES

Les fédérations, dont Montesquieu avait entrevu avant Rousseau la haute portée, sont des alliances de cités ou d'Etats s'assurant des garanties et contractant des obligations mutuelles, sous les auspices d'une juridiction et d'une force commune.

Depuis les amphictyonies helléniques et les ligues germaniques jusqu'à la fédération américaine, l'histoire nous offre divers essais ; de ces pactes protecteurs qui, appliqués à des peuples libres, feront un jour régner sur le continent européen, et puis sur tous les continents, la paix républicaine.

Rousseau consacra au système fédératif un

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ouvrage spécial, qui est demeuré inachevé et inédit. Sans doute, dans cet ouvrage, l'auteur du Contrat social se posait, entre autres, les questions suivantes :

D'oii vient l'opposition qui existe entre la situation des citoyens partout soumis à des lois ou à des maîtres, et la situation des cités gardant entre elles l'indépendance primitive, portant la misère et la destruction les unes chez les autres, forçant quelquefois les hommes à regretter le libre isolement des âges antérieurs à la civilisation ?

Ne résulte-t-il pas de l'ordre actuel que les citoyens, toujours en guerre et toujours tyrannisés, sont en butte aux inconvénients de l'état de nature et de l'état de société, sans en réunir les avantages P

Le remède que propose l'abbé de Saint- Pierre, quand il projette une association de tous les Etats de l'Europe tels qu'ils sont, n'â-t-il pas le double tort de ne pouvoir être pratiqué, et de ne pouvoir être efficace, supposé qu'il fût momentanément pratiqué?

Une association fédérale, étant une association oii les exigences et les attributions de

fji JEA.N-JACQt'E8 ROrSSEAL.

l'aTiloritc'î ccnlralc sont d'autant plus restreintes que sont plus nombreux les groupes qu'elle unit, n est-elle pas en contradieliïHi évidente avec l'existence de grands Etats fortement centralisés, et ne doit-elle pas nécessairement se composer d'Etals médiocres où prédominera un système de décentralisation?

Une association fédérale, étant une institution qui a pour point d'appui l'intérêt commun des peuples, n'exclut-elle pas l'adjonction de groupes monarchiques où les visées dynastiques tendraient fatalement à prévaloir sur l'utilité générale?

Ne peut- on pas concevoir un système d'association fédéralive qui, liant les unes aux autres par un pacte d'assurance mutuelle des cités libres et indépendantes, ne restreindrait en apparence que pour l'étendre en réalité la souveraineté de chaque Etat fédéré ; mettrait au service de chaque groupe autonome de citoyens la force de tous les autres, pour le préserver de tout attentat d'un pouvoir quelconque ; garantirait à chaque cité ses propriétés et ses droits, son territoire et

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sa liberté ; pourvoirait à la sécurité commune et trancherait les différends ?

Gomment établir une telle association sur des bases solides qui la rendent durable? Gomment y délimiter la puissance législative et la puissance executive de manière à laisser chaque Etat pleinement maître au dedans, en même temps qu'il sera armé au dehors de toute la force commune contre tout agresseur injuste? Gomment enfin arriver, par une organisation fédérale faisant de l'autorité l'instrument de la liberté, à éviter les inconvénients et à réunir les avantages des grands et des petits Etats ?

N'est-il pas possible que l'humanité constitue, dans des temps plus ou moins éloignés, une immense confédération protégeant, par un ensemble de garanties réciproques, une multitude de sociétés démocratiques qui, affranchies des entraves économiques, féodales et militaires, se régleront, se gouverneront, sWministreront, communiqueront avec une liberté entière, et qui pourront ainsi aboutir au développement le plus complet et le plus varié de l'activité individuelle et collective?

JRAN-JACQUES ROUBiBAU.

Tel devait être, autant qu'il m'est ponnis de le conjocturer, le plan dt; l'œuvre qu'avriif entreprise Rousseau.

Son esquisse d'un Traité $ur les confédération» avait été remise par lui-même au comte d'Anlraigues. Celui-ci, libre d'en disposer et y trouvant, à côté d'idées salutaires et sublimes, dos idées subversives et dangereuses pour les monarchies, crut devoir priver à jamais le public de cette œuvre du génie. L'historien ne peut que déplorer ce vol sacrilège l'ait à l'humanité et flétrir l'esprit de parti qui décide d honnêtes gens à de si malhonnêtes actions.

A Le contrat jOEJaJ et le contrat fédérai, voilà /les deux pôles de la politique de Rousseau,

/ si souvent mal comprise.]

^ Aux yeux du philosophe, la société part de l'un et aboutit à l'autre. Le contrat fédéral doit être réel en fait ; le contrat„gocial jest fictif. Le contrat fédéral doit être le produit manifeste d'une convention effective ; le contrat social est le résultat implicite de l'existence même de la société civile. Le con-

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trat fédéral est la solution suprême pour laquelle doit mûrir la raison publique ; le contrat social est le postulat primitif que suppose l'élaboration instinctive des nationalités.

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