ESSENCE DE LA VOLONTÉ GÉNÉRALE
Du moment où prévalent des volontés particulières, du moment où l'on vise des intérêts particuliers, [elle est éludée. « Le citoyen, dit Rousseau, qui détache son intérêt de l'intérêt commun voit bien qu'il ne l'en peut séparer tout à fait ; mais sa part du mal public ne lui paraît rien auprès du bien exclusif qu'il prétend s'approprier. Ce bien joarticulier excepté, il veut le bien général pour son propre intérêt, tout aussi bien qu'aucun autre. La faute qu'il commet est de changer l'état de la question, en sorte qu'au lieu de dire par son suffrage : // est avantageux à VEtat, il dit : // est avantageux à tel homme, ou à tel parti, que tel avis passe. »
La volonté générale ainsi caractérisée tend à se confondre avec le grand principe de Kant sur la nécessité d'universaliser les maximes de nos actions pour en reconnaître la moralité, et elle revient à l'adoption de la règle suivante: Citoyen, vote de telle sorte que la raison de ton vote puisse être érigée en une loi pour tous, présents et à venir.
Quand les hommes sont bien éclairés, la
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volont(3 nalionîile a pour r'xprcssion des contrais (jui /îlahlissent la r(*ciprocil(^ des droits L'I (|ui doiinerit une sanction positive aux lois de la justice universelle» fondée sur la nature même des choses et indépendante des conventions humaines.
Faire que tous obéissent sans qu'il y ait personne qui commande; faire que chacun soit en réalité d'autant plus libre qne, sous une apparente sujétion, il perd uniquement de sa liberté ce qui peut nuire à celle d'autrui : voilà l'ouvrage de la loi, formule écrite de la volonté générale.
Le peuple est-il vraiment apte à trouver cette formule? Non; car, chez lui, la droiture des intentions n'est guère secondée par 1 abondance des lumières. 11 veut le bien ; mais de lui-même il ne le voit pas toujours. De là la nécessité d'un ou de plusieurs législateurs, semblables aux Lycurgueet aux Solon, ayant pour mission de déterminer les lois fondamentales.
Les législateurs ne sauraient avoir aucune part au commandement ; car alors leurs conceptions risqueraienj[.d être dictées par leurs