‹ Jean-Jacques RousseauChapitre 64 sur 146 · ESSENCE DE LA VOLONTÉ GÉNÉUALE · texte numérisé non relu

ESSENCE DE LA VOLONTÉ GÉNÉUALE

passions. Ils ne légiféreront pas non plus aefinitivcmcnt;carce serait faire œuvre d'usurpateurs. Ils combineront des textes et communiqueront au peuple les fruits de leurs méditationsf Le peuple, par ses suffrages, décidera s'il y a lieu de convertir leurs propositions en lois^

Les lois, une fois faites, ne sauraient être nécessairement immuables. Vouloir les perpétuer, ce serait souvent vouloir perpétuer des erreurs et des injustices, puisque, quoique la volonté générale soit foncièrement droite, il peut arriver qu'en fait tous se trompent.

D'ailleurs, le droit même qu'a le peuple^ de s'appartenir implique le droit qu'il a de^ modifier sa législation. Un peuple doit*^ demeurer toujours le maître de changer ses lois; et toute constitution doit être déclaréej révisable.

Gomment la volonté des générations actuelles engagerait elle la volonté des générations à venir .►^ (( Quand chacun pourrait s'aliéner lui-même, dit Rousseau, il ne peut aliéner ses enfants. Ils naissent hommes libres; leur

Fabbb. — J.-J. Rousseau. i3

iq/Î JKAM-JACOlJBt ROUSSBAU.

liberté leur apparlieiil; nul ii a le droit (i en disposer qu'eux. »

Mais peut-on s'aliéner soi-mônne, el est^ii possible qu'un peuple s'inféode à un homme, ou à plusieurs? Non. « Le peuple peut bien dire : (( Je veux actuellement ce que veut un loi homme, ou du moins ce qu'il dit vouloir » : mais il no peut pas dire: ^^ Ce que cet homme u voudra demain, je le voudrai encore», puisqu'il est absurde que la volonté se donne des chaînes poqr l'avenir. »

Ainsi, il n'est point admissible qu'un peuple use de sa liberté pour en faire l'abandon. Ce serait user de ses droits contre ses droits. Or, Bossuet l'a dit : // n'y a pas «le droit contre le droit.

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