LA QUESTION SOCIALE ET SA SOLUTION
soutien de lElat, et il estime que la première condition de l'ordre social est que chacun soit maintenu dans la paisible jouissance de ce qui lui appartient.
Ce n'est point en enlevant les trésors à leurs possesseurs, c'est en ôtant à tout le peuple les moyens d'en accumuler que le gouvernement devra prévenir l'extrême inégalité des fortunes.
Pour cela, que faire .^ Ne point favoriser les arts d'agrément aux dépens des métiers utiles ; ne pas sacrifier au commerce l'agriculture si justement prônée par le sage Sully ; alimenter les revenus publics aux dépens de toutes les vanités par lesquelles les riches veulent se distinguer des pauvres ; établir de très fortes taxes sur la livrée, sur les équipages (ajoutons les bateaux de plaisance, les automobiles), sur les cours et jardins des hôtels ou châteaux, sur lesprofessions oiseuses, sur tous les objets de luxe et d'amusement, qui peuvent d'autant moins se cacher que leur seul usage est de se montrer; s'acquitter du devoir d'assistance auquel la société est étroitement tenue à l'égard de ceux qui n'au-
Fabrk:. — J.-J. Rousseau. i^
aïo JBAN-JACQUKH ROUSSEAU.
raient pas de quoi vivre ni par leur hicn, ni par leur travail; s'occuper nnoins de hatir des hôpitaux pour les indif^cnts que d'empôcher les citoyens de le devenir par les facilités données au travail ; prévenir les perles des pauvres, qui sont beaucoup moins facilement réparables que celles des riches, vu que la difliculté d acquérir croît toujours en raison des besoins, qu'on ne fait rien avec rien, et que l'argent est la semence de l'argent: régler les impots d'après ce principe que a celui qui n'a que le simple nécessaire ne doit rien payer du tout », et que « la taxe de ^;ii' celui qui a du superflu peut aller au besoin
•- jusqu'à la concurrence de tout ce qui excède
^^^ son nécessaire ».