‹ Jean-Jacques RousseauChapitre 69 sur 146 · LA QUESTION SOCIALE ET SA SOLUTION SELON ROUSSEAU · texte numérisé non relu

LA QUESTION SOCIALE ET SA SOLUTION SELON ROUSSEAU

Durant sa jeunesse errante, Rousseau avait pu comparer l'indigence des paysans de la Monarchie française avec l'aisance des paysans de la République genevoise. Il avait lui-même éprouvé les humiliations de la misère sans gîte et sans pain. Il avait remarqué tous les excès de la vénalité ; la considération mesurée aux écus; les grâces, les exemptions, les emplois lucratifs réservés aux riches ; les friponneries de haut vol excusées. Il avait vu le pauvre d'autant plus maltraité qu'il est plus malheureux; supportant le poids de toutes les corvées; obtenant son dû avec plus de peine qu'un autre n'obtien-

ao8 JEAN-JACQUES HOU8SEAU.

(irait des faveurs; subissant, outre sa charge, celle dont son voisin plus riche a su se faire exempter; trouvant toutes les portes fermées, môme quand il a le droit de les faire ouvrir; constatant enfin que plus l'humanité lui doil, plus la société lui refuse. Il avait amassé en son âme des trésors de pitié pour tous ces déshérités dont la liberté, rendue impuissante, se réduit au pouvoir de souflVir cl d'être écrasés dans la lutte de la vie. Il se demandait si le pacte social, tel que l'ont fait les iniquités des uns et la lâcheté des autres,

ne pourrait pas être résumé en ces quelques , . ji mots : (( Vous avez besoin de moi, car je suis

riche et vous êtes pauvre; faisons donc- un

accord entre nous : je permettrai que vous

ayez l'honneur de me servir^ à condition que

vous me donnerez le peu qui vous reste pour la

peine que je prendrai de vous commander. »

Comment remédier à cette monstrueuse

inégalité des fortunes, principe de tant de

maux.^^ Par des spoliations.^ Rousseau ne

l'entend pas ainsi. Quand il se place sur le

terrain des faits, iLçonsidère^conuufi-^flcriJii

(Jroit de4)xppriété ; il y reconnaît le principal

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