‹ Jean-Jacques RousseauChapitre 79 sur 146 · CAUSES DES FAUTES DE ROUSSEAU · texte numérisé non relu

CAUSES DES FAUTES DE ROUSSEAU

beau nom de liberté, Rousseau n'était jamais arrivé à la vertu, mais à des mouvements vertueux sans force et sans durée. Il était ainsi de plus en plus mécontent de lui-même, par suite de plus en plus mécontent des autres. La persécution acheva de l'aigrir.

Persécuté au nom de la religion et de la morale, l'auteur de V Emile écrivit cette fière Lettre à Mgr de Beaumont où perce, à travers les arguments d'une logique A^éhémente, la sourde rancune de l'homme de rien contre l'homme titré. Persécuté au nom du droit civil et ecclésiastique, Tauteur du Contrat social répliqua au conseil de Genève, ville protestante et républicaine qui ne se montrait ni tolérante ni libérale, par ses Lettres de la Montagne^ chef-d'œuvre de discussion juridique, religieuse et politique. Persécuté au nom de la philosophie, l'auteur de la Profession de foi du vicaire savoyard répondit aux sarcasmes de Voltaire et des encyclopédistes par sa Correspondance qui, en beaucoup d'endroits, est un véritable apostolat.

Mais si cette accumulation de polémiques donna un nouvel éclat au génie de Rous-

a3a JIÎAN-JACQUKS ROlSSEAt'.

seau, elle augmenla ausHÎ les amertumes de cette âme blessée. Proscrit par la France et Genève ses deux patries ; traité de monstre d'ingratitude par David Hume qui, en se faisant le complice d'une mystification, eut le tort d'irriter l'ombrageuse susceptibilité de son protégé ; persuadé de l'existence d'un noir complot tramé contre son génie et sa personne, malade et à moitié fou, Rousseau termina enfin (l'année même où mourut Voltaire, en 1778) une existence encore plus triste que glorieuse, dans ce populeux Paris dont sa misantbropie lui avait fait un désert.

Page 1