LES (I CONFESSIONS» DE ROUSSEAU
Pour répondre à tant d'inimitiés réelles ou imaginaires auxquelles il se sentait en proie, Rousseau avait entrepris de raconter et de faire juger sa vie. Raisonneur et passionné, il fut naturellement amené à en faire la théorie et le roman.
Etait-il possible que celui qui, au début de ses Confessions, mettait tout homme au défi de se dire meilleur que lui, se bornât à être le scrupuleux historien de sa vie? Sans avoir le dessein arrêté d'être un imposteur, on gêwt-abuser les autres et soi-même en exagérant la vérité qui flatte, en atténuant la vérité qui accuse. C'est ce qu'a fait Rousseau. 11 est sincère, mais avec ce mélange de
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parlialité qui s'insinue toujours quand on parle de soi; et, là ou îl fait des aveux cyni- i qucs, ce cynisme môme est un des artîficr^ " de son apologie, ^
Pour être une œuvre de l'orgueil, les J Confessions n'en sont pas moins un impérissable monument du génie. A côté de l'avenlurier qui a couru le monde et du philosophe qui l'a agité, nous y voyons vivre le poète pour qui tout dans la nature avait un magique langage, et le solitaire dont l'âme troublée aimait à se perdre en de délicieuses rêveries. Avec quel charme, qu'attendrissaient peut-être des remords, Rousseau ressuscite les joies pures de sa jeunesse ! Que de fraîches peintures tracées avec une espèce de volupté d'àme! Dans les Confessions, et dans les Rêveries dun promeneur solitaire qui les complètent, il arrive à Rousseau de planer sur ces hauteurs sereines où se complaisent les sages. Le bruit des passions s'éteint: l'homme s'identifie à la nature; l'àme est doucement bercée par toutes les poésie* de la vie. C'est à ces moments oii l'auteur s'oublie que son style.