‹ Jean-Jacques RousseauChapitre 8 sur 146 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'ÉVEIL DE fiOUSSEAU

Dans l'antiquité, à côté de Démocrite que tout faisait rire, il y eut Heraclite que tout faisait pleurer. Au xvni"^ siècle, à côté du sarcastique Voltaire, il y eut l'enthousiaste Rousseau.

Pauvre enfant de Genève, tour à tour commis greffier, apprenti graveur, vagabond, laquais, séminariste, maître de musique, interprète, copiste, secrétaire d'ambassade, compositeur, caissier, Jean-Jacques Rousseau se trouva enfin jeté dans cette société parisienne où s'entre-choquaient les paradoxes les plus étranges^ les négations les pluî audacieuses.

J i:\N-JACQUE8 ROUSSEAU.

Au spectacle de ces intempérances de la pcnsëe, Housseau s'indigna. La lecture d( Philarque, la solitude et le malheur avaient enracine en lui la haine des frivolités mondaines, la passion des belles chimères, le culte des vertus républicaines, Tamour de Tégalilé et de la liberté. Le hasard d'un concours fit éclater la tempête qui s'était lentement amassée en son âme; et, moitié à l'instigation de Diderot, moitié par une inspiration naturelle de son génie, il osa, lui, l'obscur aventurier, jeter l'analhème non seulement à l'art et à la science de son siècle, mais encore à tout art et à toute science. L'éloquence grondeuse de ce misanthrope surprit et charma la France. Illuminé par le succès, Rousseau entrevit sa mission et comprit que son heure était venue.

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