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tôt fut son premier et son unique amour. N'a-t-il donc pas aimé madame de Warens? N'a-t-il pas aime à Lyon, en 1741, mademoiselle Serre? N'y at-il pas même dans sa correspondance une lettre d'amour adressée à mademoiselle Serre? Un des commentateurs de Rousseau trouve cette lettre trèspassionnée, je la trouve banale et vulgaire : « Votre charmante image me suit partout, dit-il; je ne puis m'en défaire, même en m'y livrant^ ; elle me poursuit jusque pendant mon sommeil; elle agite mon cœur et mes esprits; elle consume mon tempéraments » Quel style! Otez je ne sais quelle grossièreté, qui est trop souvent la marque de l'amour dans Rousseau, quelle banalité! Et comme je comprends bien que Rousseau, se mettant à aimer madame d'Houdetot, ait oublié cette lettre de 1741, dont moi-même je n'aurais pas parlé, si, en la lisant, je n'y avais trouvé une preuve de plus du singulier phénomène qui caractérise le talent de Jean-Jacques Rousseau, ce talent qui, longtemps ignoré de l'auteur lui-même, éclata tout à coup et brilla pendant plus de vingt ans, puis sembla peu à peu s'ensevelir dans la souffrance et l'égarement de la maladie ^. La lettre
1 . Phrase singulière, et que je ne puis expliquer que par cette autre- ci de Julie à Saint-Preux : (( Je crains que tu n'outrages ta Julie à force de l'airner. « (Tome II, lettre xv®.)