‹ Jean-Jacques Rousseau; sa vie et ses ouvragesChapitre 132 sur 251 · Mémoires de madame d' Epinay ^ année · texte numérisé non relu

Mémoires de madame d' Epinay ^ année

JEAN-JACOTJES ROUSSEAU.

hle et ((ui pardonne. M. Grimm le reçut avec le même ton (juil avait prh depuis longtemps avec lui. Au bout (runo demi-heure il se retira dans son appartemeril, et y fut assez longtemps; Rousseau n'avait pas l'air à son aise. « Il se l'ait tard, me dit-il tout d'un coup ; Grimm ne descend pas, si je l'allais trouver, qu'en dites-vous, madame? Tout comme il vous plaira, lui dis-je ; mais si c'est avec la disposition où vous étiez lorsqu'il est arrivé, avec Tair de protection... Pardieu, madame, vous êtes d'une tyrannie inconcevable ; voulez-vous que j'affiche mes torts et mon pardon ? Cela ne me va point. J'ai cru, monsieur, que c'était le rôle qui vous convenait après avoir affiché votre injustice. Est-ce dans le silence de votre cabinet que vous l'avez accusé de vous avoir fait perdre le pain que vous vous efforciez de gagner^ ? Est-ce au fond de votre cœur que vous Tavez soupçonné de vous décrier?.... » Il me tourna le dos brusquement, et s'en alla dans le jardin. M. Grimm rentra, et, ne voyant plus Rousseau, il me demanda en riant si j'étais contente de sa réception. « Non, assurément, lui dis-je. » Il me plaisanta sur la crédulité que j'avais mise à son repentir. « Je parierais, ajouta-t-il, qu'il ne se reproche pas davantage l'injure qu'il vous a faite. » Le soir Rousseau fut cependant trouver M. Grimm dans son appartement, lorsque tout le monde fut retiré.

I. Ce mot s'explique et se vérifie par le passage suivant des Confessions : « 11 m'ôtait même, autant qu'il était en lui, la ressource du métier que je m'étais choisi, en me décriant comme un mauvais copiste, et je conviens qu'il disait en cela la vérité ; mais ce n'était i)as à lui de la dire. » Confessions^ livre ix.

Il le complimenta sur son retour, il le questionna sur son voyage; puis, en se retirant, il lui prit la main en disant : « Ah çà, mon cher Grimm, vivons désormais en bonne intelligence, et oublions réciproquement ce qui s'est passé. » Grimm se mit à rire : « Je vous jure, lui dit-il, que ce qui s'est passé de votre part est le moindre de mes soucis. »

Ils se séparèrent après cette belle explication, et Rousseau n'en eut pas moins le front de me dire le lendemain : « Vous devez être contente, madame, et Grimm doit l'être aussi, je me suis assez humilié pour vous complaire à tous les deux; mais, si cela doit me rendre le cœur de mon ami, je ne m'en repens pas. » (( Que l'on juge quel a été mon étonnement en apprenant le détail de cette prétendue humiliation M »

Prenons maintenant le récit des Confessions, Rousseau raconte comment, vaincu par les raisonnements et les instances de madame d'Épinay, il avait fini par croire qu'il avait mal jugé Grimm et qu'il avait envers lui des torts graves qu'il devait réparer. (( Bref, comme j'avais déjà fait plusieurs fois avec Diderot, avec le baron d'Holbach, moitié gré, moitié faiblesse, je fis toutes les avances que j'avais droit d'exiger; j'allai chez Grimm, comme un autre George Dandin, lui faire des excuses des offenses qu'il m'avait faites, toujours dans cette fausse persuasion qui m'a fait faire en ma vie mille bassesses auprès de mes feints amis, qu'il n'y a point de haine qu'on ne désarme à force de douceur et de bons pro-

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