Mémoire,^ de madame d'Kpinnij^ année
.lEANWACQUES ROUSSEAU.
cédés... .le m'attendais que, confus de ma condescendance et de mes avances, Grimm me recevrait, les bras ouverts, avec la plus tendre amitié. Il me reçut en empereur romain, avec une morgue que je n'avais jamais vue à personne. Je n'étais point du tout préparé à cet accueil. Quand, dans l'embarras d'un rôle si peu l'ait pour moi, j'eus rempli, en peu de mots et d'un air timide, l'objet qui m'amenait près de lui, avant de me recevoir en grâce, il prononça avec beaucoup de majesté une longue harangue qu'il avait préparée, et qui contenait la nombreuse énumération de ses rares vertus, et surtout dans Tamitié... Je tombais des nues, j'étais ébahi, je ne savais que dire, je ne trouvais pas un mot. Toute cette scène eut l'air de la réprimande qu'un précepteur fait à son disciple en lui faisant grâce du fouets ))
Des deux récits, lequel croire ? Je crois à tous les deux, car ils se ressemblent beaucoup plus qu'ils n'en ont l'air. Je crois volontiers à tout ce que dit madame d'Épinay de l'orgueil de Rousseau et de ses effets. J'ai vu beaucoup de grands orgueils de nos jours, et le signe le plus caractéristique que j'aie observé chez les hommes atteints de cette manie de l'orgueil, c'est que, dans l'ordre moral, ils croyaient tout pouvoir et ne rien devoir. Ils ne niaient pas la morale ; seulement ils s'y croyaient supérieurs , comme si la morale était une loi qui ne régnait que jusqu'à un certain degré de l'échelle humaine. Rousseau en était arrivé à ce point d'hallucination