‹ Jean-Jacques Rousseau; sa vie et ses ouvragesChapitre 154 sur 251 · Bossuet 1094, Rousseau · texte numérisé non relu

Bossuet 1094, Rousseau

du philosophe, et je ferai mieux comprendre par cette comparaison la différence des temps et surtout des idées morales. .

Le premier reproche que fait Nicole au théâtre, c'est qu'il favorise trop le goût que nous avons de rémotion. Nous cherchons l'émotion pour éviter Tennui. Or, d'où vient l'ennui? L'ennui, selon Rousseau, vient de la civilisation. Il n'y a que les peuples civilisés qui s'ennuient. « L'homme qui réfléchit peu s'ennuie peu. Le sauvage ne s'ennuie pas; il n'a pas assez d'esprit pour cela. C'est le mécontentement de soi-même, c'est le poids de Foisiveté, c'est l'oubli des goûts simples et naturels, qui rendent si nécessaire un amusement étranger ^)) Ici déjà Rousseau, sans le savoir peut-être, parle comme Bossuet. a L'homme, dit Bossuet dans sa Lettre mr les spectacles^ cherche à s'étourdir et à s'oublier lui-même pour calmer la persécution de cet inexorable ennui qui fait le fond de la vie humaine depuis que l'homme a perdu le goût de Dieu. » Ainsi, selon Rousseau et selon Bossuet, l'ennui pousse les liommes au théâtre; mais l'ennui, selon Rousseau, vient de la civilisation, de l'abus de la réflexion, de l'oisiveté que donne la fortune ; selon Bossuet, de la perte du goût de Dieu ; mots différents, même pensée, car ce que Rousseau appelle la civilisation et ce qu'il maudit s'appelle le monde dans le langage des docteurs de l'Église, qui le maudissent aussi, parce qu'on y perd le goût de Dieu*

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