‹ Jean-Jacques Rousseau; sa vie et ses ouvragesChapitre 161 sur 251 · Bo&§]lGi, Elévations sur les mystères^ p · texte numérisé non relu

Bo&§]lGi, Elévations sur les mystères^ p

60 JEAN-JACOUES ROUSSEAU.

Pour elle, n'appartenir a personne ou appartenir k tout le inonde est un égal démenti de la destinée que Dieu lui a faite. La femme a été créée pour appartenir a un maître qu'elle possède.

J*ai voulu opposer les uns aux autres les arguments pour et contre le théâtre, sans dissimuler mon penchant vers les arguments qui justifient le drame, sinon tel qu'il est, du moins tel qu'il pourrait êlre, plus disposé à partager le sentiment du père Porée que celui de Nicole. Je m'aperçois cependant, en relisant ce trop long travail, que j'ai oublié un argument du prince de Conti contre le théâtre. Gomme cet argument est celui qui m'a le plus ébranlé, je ne dois pas le laisser de côté : a Eh bien! oui, dit le prince de Conti, j'avoue que les héroïnes de Corneille sont tout à fait honnêtes, puisqu'il a plu ainsi au poëte ; mais en vérité y a-t-il personne de tous ceux qui sont les plus zélés défenseurs d'une si mauvaise cause qui voulût que sa femme ou sa fille fût honnête comme Ghimène et comme toutes les plus vertueuses princesses du théâtre? » Le prince de Conti a raison : j'aime et j'admire Chimène, j'aime et je respecte Pauline. Pourquoi donc ne voudrais-je pas que Chimène fût ma fille, ou que Pauline fût ma femme? Pourquoi^ parce qu'il y a un abîme entre le théâtre et la famille, parce que la morale du théâtre n'a rien qui soit assez

simple et assez sûr pour les scrupules d*uii père ou d'un mari. C'est là, je ne le cache pas, le plus grand argument contre le théâtre, argument qui ne conclut pas à proscrire le drame, mais à faire en sorte que l'imitation n'en pénètre jamais dans la vie privée et dans la famille.

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