Adèle et Théodore, t. p
rhonorer, de Vaccréditer, de la mettre à la mode, et le service n'est pas médiocre dans un pays où la vanité décide des choses même les plus graves, où personne ne veut être singulier, même en ayant raison, et où tout le monde aime mieux se priver d'être heureux que de s'exposer à être ridicule. La nécessité a beaucoup aidé à la restauration de l'esprit de famille chez nous; mais la mode venue de Rousseau avait préparé cette révolution morale.
L'habitude que les femmes ont prise de nourrir leurs enfants ou de les soigner les a amenées aussi peu à peu à vouloir les élever dans leurs premières années, et cela encore a été un grand bien pour les mères et pour les enfants : pour les mères que les premières leçons qu elles ont à donner aux enfants ont fait réfléchir sur elles-mêmes. Que de femmes, j'en suis sûr, n'ont commencé à réfléchir que le jour où elles ont eu un enfant à élever I Que de ménages où il n'est entré une idée morale, une idée à la fois douce et sérieuse, que le jour où un enfant est arrivé ! Jusque-là, les plaisirs du mariage en cachaient les devoirs. Pour les enfants l'avantage n'est pas moins grand, car ils ont près d'eux dans leur mère l'institutrice qui sait le mieux les comprendre et qui sait aussi le mieux se faire comprendre par eux. Quelles leçons plus douces et plus aisées que celles qui sont mêlées aux plus tendres soins, et que ces soins même n'interrompent point! Gomme la mère s'achemine facilement du cœur de son enfant à son esprit! Avec un instituteur ou une institutrice étrangers, tout est nouveau, tout est inconnu. L'apprentissage que l'enfant a à faire de son maître est déjà une
.IKAN-JACOURS HOUSSF.AU.
grosse ctud(3. Avec la mère, cet apprentissage est tout fait; rien ne déconcerte Tentant, rien ne le dépayse. Ajoutez la conformité vraisemblable des natures rendue plus grande par la conformité des habitudes, le génie imitateur des enfants, qui se forme sur les exemples qu'il a sous les yeux, et qui n'en a pas qui lui soient plus proches que ceux de ; sa mère. Les docteurs chrétiens, sachant cette vocation naturelle (|ue les rncj'es ont pour élever les petits enfants, n'ont pas manqué de leur en faire un devoir et un mérite auprès de Dieu : non qu'ils veuillent faire des mères des professeurs d'arts et de sciences; ils se détient fort de l'enseignement des femmes. « Mes soeurs, dit saint Chrysostome, ne vous ingérez point de procurer la gloire de Dieu et \\ le salut du prochain par des instructions publiques. 1! La femme s'est mêlée une seule fois d'enseigner jl Thomme, et elle a perdu tout le monde. Ne vous | laissez pas abattre néanmoins par ce reproche : Dieu vous a donné une occasion de vous sauver, c'est l'éducation de vos fils que vous devez considérer comme autant d'aides qu'il vous procure pour arri- '
ver au salut Oui, Dieu, pour consoler la femme,
lui a donné d'élever les enfants qu'elle a enfantés. L'enfantement, dites-vous, est une nécessité de la nature. Il est vrai; mais l'éducation est une œuvre de volonté, et c'est par là que la femme répare la faute primitive. L'enfantement tient du châtiment, l'éducation tient de la rédemption ^. »
1. Saint Chrysostoino, t. Xï^ p. C63. Homélies sur Vépttre à Timot/iée.
Du devoir qiront les mères de nourrir leurs enfants, Rousseau passe à celui qu'ont les pères de les élever. « Comme la véritable nourrice est la mère, le véritable précepteur, dit-il, est le père. Qu'ils s'accordent dans l'ordre de leurs fonctions ainsi que dans leur système; que des mains de l'une l'enfant passe dans celles de l'autre. Il sera mieux élevé par un père judicieux et borné, que par le plus habile maître du monde ; car le zèle suppléera mieux au talent, que le talent au zèle. Mais les affaires , les fonctions, les devoirs Ah, les devoirs ! sans doute le dernier est celui de père? Ne nous étonnons pas qu'un homme, dont la femme a dédaigné de nourrir le fruit de leur union, dédaigne de l'élever. Il n'y a point de tableau plus charmant que celui de la famille ; mais un seul trait manqué défigure tous les autres. Si la mère a trop peu de santé pour être nourrice, le père aura trop d'affaires pour être précepteur ^ »
Rousseau veut-il donc que le père soit véritablement le précepteur et le professeur de son fils ? Oui, comme il veut que la mère en soit la nourrice et dans la même mesure. Ce qu'il blâme, ce sont ces familles où les enfants sont envoyés en nourrice quand ils naissent, envoyés au collège quand ils reviennent de nourrice, appliqués à une profession quand ils reviennent du collège, et toujours hors de la maison paternelle. Y a-t-il là vraiment une famille? Il y a un nom commun, mais le nom est le seul lien; dans tout le reste, les enfants sont étran-