INTRODUCTION, XLI
M. Saint-Marc Girardin n'a jamais songé à demander qu'il n'y eût qu'une sorte d'éducation pour tous les Français, celle qui était le plus de son goût: il admettait qu'il y en eût de différentes, selon les besoins ; il se bornait à demander que celle-ci fût conservée dans le nombre, car on a besoin aussi des hommes qu'elle fournit. Â.vec elle, il est vrai, il est peu commode de dire expressément où en est un jeune homme; ce qui est sûr, c'est qu'il n'est pas aujourd'hui où il en était hier, que, sans le savoir, il se lève chaque matin autre qu'il ne s'est levé la veille ; c'est une éducation végétative, qui travaille la sève, et la sève, à son tour, produit des feuilles, des fleurs et des fruits, par la grâce de l'air et du soleil. Au cas où il n'y aurait pas assez d'air et de soleil dans notre éducation, il suffirait de les y mettre, en gardant l'éducation. S'il acceptait ce qu'il y a de légitime dans les réclamations contre certains abus des Facultés, on devine les réserves que M. Saint-Marc Girardin devait faire contre la réforme absolue que Ton propose dans cet enseignement. L'éruditionestestimée aujourd'hui comme elle le mérite ! elle est la bonne information, sans laquelle il n'y a rien qu'une science vague et pour ainsi dire en l'air. La grammaire a une faveur tout à fait nouvelle : comme instrument, elle interprète les textes, en discute l'authenticité, l'origine et la date ;
XLII INïHOnuCTlON.
comme science, elle étudie l'immense et curieuse végétation des langues, et y trouve des indications sur la parenté des familles humaines. Il importe donc que dans l'érudition et la philologie la France tienne son rang; or, comme M. Albert Dumont le faisait dernièrement remarquer, il n'a jamais manqué de s'y produire quelque homme éminent qui les traite en maître, mais on craint toujours aussi que cette bonne fortune ne se renouvelle pas et on est inquiet de trouver des ouvriers, par qui la tradition se continue; on n'est pas tranquille sur le recrutement , qui abonde dans d'autres pays, et on se préoccupe de l'assurer. Combien cela est juste ! Où commence l'injustice, c'est quand on prétend mettre toute une nation à ce métier, surtout quand cette nation est la nation française. Elle a beaucoup de défauts, qu'elle ne cache guère, elle a aussi quelques qualités. Elle a toujours compté et, malgré la fortune, elle compte toujours dans le monde par des aptitudes d'esprit que rien ne pourra lui enlever, excepté nous, si nous sommes assez imprudents pour essayer de la dénaturer. Elle est le pays des esprits lumineux qui se reconnaissent au milieu des idées, les discutent, les jugent, élèvent les idées vraies aune clarté supérieure , qui les rend visibles à tous. Rabelais, TMontaigne, Pascal, Descartes, Montes-