‹ Jean-Jacques Rousseau; sa vie et ses ouvragesChapitre 66 sur 251 · Tome VII, p. C · texte numérisé non relu

Tome VII, p. C

trop le fourreau, et, comme ils sont surtout chargés d'entretenir le fourreau, ils se plaignent des secousses de la lame. Ils trouvent que la machine irait beaucoup mieux, si elle allait toute seule, et ils supprimeraient de bon cœur la mauvaise habitude que nous avons prise de penser. Mais quoi ! ne pas penser, n*est-ce pas s'approcher de l'imbécillité? Les médecins nous répondent assez pertinemment : « Eh ! rassurez-vous, vous penserez toujours assez. » Rousseau va plus loin : « Eh bien ! quand vous ne penseriez pas, où serait le mal ? L'imbécillité n'est pas un si grand malheur, et ce fut un être bienfaisant celui qui le premier suggéra à un habitant des rives de rOrénoque l'usage de ces ais qu*il applique sur les tempes de ses enfants et qui leur assurent du moins une partie de leur imbécillité et de leur bonheur originel * . ))

La santé et l'imbécillité, voilà l'état dénature. Un imbécile bien portant, voilà l'homme naturel : en effets quand vous écartez avec une logique rigoureuse tout ce que l'homme tient de la société, vous arrivez en lin de compte au sauvage inerte et imbécile. Cependant ce sauvage, en dépit de son inertie , sera remué par quelque chose; il aura des désirs et des craintes; il y aura pour lui des biens et des maux; oui, voici les désirs de l'homme sauvage « qui ne passent pas ses besoins physiques; les seuls biens qu'il connaisse dans l'univers sont la nourriture, une femelle et le repos; les seuls maux qu'il craigne sont la douleur et la faim. )> Ecce homol

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