Tome VII, p
qu'à la condition de réfléchir ; mais, s'il réfléchit, alors, selon Rousseau, il sort de Tétat naturel ; il est perdu : plus d'égalité possible, et, une fois l'égalité perdue, tous les maux de la civilisation arrivent. Rousseau n'hésite pas sur ce point : il préfère de beaucoup l'homme naturel à l'homme civilisé, et, pour qu'on ne l'accuse pas d'adoucir ou de farder sa conclusion, il arrive sans se faire prier à son fameux aphorisme : « L'état de réflexion est un état contre nature, et l'homme qui médite est un animal dépravé ^ »
Si l'homme qui réfléchit est un animal dépravé, l'homme qui ne réfléchit pas est un animal impossible. Que faire donc ?
Je sais bien que Rousseau cherche à déguiser la dureté de son aphorisme en disant : « Si la nature nous a destinés à être sains, la réflexion est un état contre nature. )> Mais quoi ! cela veut-il dire que l'homme n'a autre chose à faire ici-bas que se bien porter? L'état de nature n'est-il autre chose que la bonne santé ? En ce cas l'aphorisme de Rousseau ressemble fort aux prescriptions de certains médecins : Si vous voulez vous bien porter ne pensez pas trop. Vous avez des soucis, oubliez-les; des chagrins, n'y songez pas. Ne vous inquiétez ni de votre famille, ni de vos amis, ni de vos affaires; ne vous attachez qu'à bien digérer: c'est là l'important. Les médecins ont observé depuis longtemps que l'âme et l'esprit, l'une avec ses passions et l'autre avec ses réflexions, nuisaient au bon état du corps, que la lame usait