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cabane qu'il dit la sienne, second pas. La cabane amène le jardin ou Tagriculture, l'agriculture amène la propriété. « Les choses en cet état eussent encore pu demeurer égales, si les talents eussent été égaux ; )> mais, voilà le malheur I il y avait des forts et des faibles, des adroits et des maladroits, « et, en travaillant également, l'un gagnait beaucoup, tandis que Fautre avait peine à vivre. » J'entends. La décadence est consommée ; nous sommes arrivés par la société à l'inégalité.
Ici Rousseau fait un tableau affreux de la société, et, s'il n'a pas flatté l'état naturel dans la peinture qu'il en a faite, il se dédommage des vérités qu'il s'est cru forcé de dire sur Tétat naturel par les duretés qu'il dit à la société. « Une fois la société établie, dit Rousseau, être et paraître devinrent deux choses tout à fait différentes ; et de cette distinction sortirent le faste imposant, la ruse trompeuse, et tous les vices qui en sont le cortège. D'un autre côté, de libre et indépendant qu'était auparavant l'homme, le voilà, par une multitude de nouveaux besoins, assujetti pour ainsi dire à toute la nature et surtout à ses semblables, dont il devient Tesclave en un sens, même en devenant leur maître : riche, il a besoin de leurs services; pauvre, il a besoin de leurs secours, et la médiocrité ne le met point en état de se passer d'eux. Il faut donc qu'il cherche sans cesse à les intéresser à son sort, et à leur faire trouver en effet ou en apparence leur profit à travailler pour le sien; ce qui le rend fourbe et artificieux avec les uns, impérieux et dur avec les autres, et le met dans la nécessité d'abuser tous ceux dont il a besoin, quand il ne
peut s'en faire craindre, et qu'il ne trouve pas son intérêt à les servir utilement. Enfin, l'ambition dévorante, l'ardeur d'élever sa fortune relative, moins par un véritable besoin que pour se mettre au-dessus des autres, inspirent à tous les hommes un noir penchant à se nuire mutuellement, une jalousie secrète d'autant plus dangereuse, que, pour faire son coup plus en sûreté, elle prend souvent le masque de la bienveillance ; en un mot, concurrence et rivalité d'une part, de l'autre opposition d'intérêts, et toujours le désir caché de faire son profit aux dépens d'autrui : tous ces maux sont le premier effet de la propriété et le cortège inséparable de l'inégalité naissante ^ a
En lisant cette vive censure de la société, je me souvenais de l'avoir déjà lue en mille endroits divers; je ne me trompais pas : c'était dans les sermonnaires et dans les moralistes chrétiens du dix-septième siècle, et je ne suis embarrassé en vérité que du choix des citations. Prenez, par exemple, le moins théologien des prédicateurs du dix-septième siècle, et je dirai volontiers le plus laïque des sermonnaires ; prenez Massillon dans ses paraphrases des psaumes : que voyons-nous? a La vanité, l'ambition, la vengeance, le luxe, la volupté, le désir insatiable d'accumuler, voilà les vertus que le monde connaît et estime ; voilà les vertus auxquelles il porté ses partisans... Loin de se regarder tous comme ne faisant entre eux qu'une même famille dont les intérêts doivent être communs, il semble que, dans ce monde corrompu, les